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Un monarque nigérian défie le géant Shell pour la survie de son royaume

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Face à une pollution pétrolière dévastatrice, le souverain d’Ekpetiama engage un combat judiciaire historique contre la multinationale, exigeant réparation pour des décennies de dégâts environnementaux.

Le roi Bubaraye Dakolo se souvient des eaux poissonneuses de son enfance, où quelques minutes de pêche suffisaient à remplir les filets. Aujourd’hui, ses sujets peinent à rapporter trois kilos après une nuit entière d’efforts. Cette transformation dramatique du paysage aquatique dans le delta du Niger trouve son origine dans des décennies d’exploitation pétrolière intensive. Depuis son accession au trône en 2016, ce monarque ancien militaire a décidé d’affronter l’un des plus puissants opérateurs du secteur.

La décision de Shell de céder ses actifs terrestres sans avoir procédé au nettoyage des sites pollués a précipité son action en justice. Le souverain réclame désormais deux milliards de dollars de dédommagement et exige la restauration environnementale de son territoire. Cette procédure s’inscrit dans un contexte plus large où les communautés riveraines du delta, cœur pétrolier du Nigeria, subissent les conséquences d’une contamination persistante.

Une étude approfondie menée sur quatre ans dans l’État de Bayelsa a chiffré à douze milliards de dollars le coût de la dépollution nécessaire. Cette région, berceau historique de l’industrie pétrolière africaine depuis les années 1950, porte les stigmates indélébiles de l’extraction industrielle. Le monarque lui-même évoque ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il empruntait les oléoducs à ciel ouvert pour se rendre à l’école, ignorant alors la gravité de cette coexistence forcée.

Face aux arguments des compagnies pétrolières qui imputent les fuites aux sabotages et vols de brut, la détermination du roi reste entière. La procédure engagée vise notamment à suspendre le transfert des actifs de Shell vers un consortium local tant qu’aucun accord n’est trouvé sur le financement des travaux de remise en état. Le souverain dénonce avec véhémence l’abandon programmé des sites et cite des analyses scientifiques révélant la présence d’hydrocarbures cancérigènes dans l’organisme des populations.

Alors que Shell a déclaré que le consortium Renaissance assumait désormais la gestion du litige, le monarque maintient sa position. Il considère que la multinationale doit répondre de six décennies d’exploitation ayant dégradé son territoire. Les manœuvres procédurales anticipées lors de l’audience préliminaire sont perçues comme une tactique dilatoire, mais n’entament pas la résolution du plaignant. Pour ce défenseur de l’environnement, la protection des terres et des eaux constitue la mission fondamentale de tout dirigeant digne de ce nom, un principe qui transcende les considérations économiques à court terme.

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