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Un islamiste modéré aux portes du pouvoir au Bangladesh

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À la faveur d’un contexte politique bouleversé, Shafiqur Rahman, leader du Jamaat-e-Islami, incarne l’ambition d’un parti longtemps interdit de se hisser à la tête de l’État pour la première fois de son histoire.

À soixante-sept ans, Shafiqur Rahman entame une nouvelle campagne électorale, porté par un espoir inédit. Après trois défaites successives aux législatives, ce médecin de formation, à la barbe et aux vêtements immaculés, pourrait bien décrocher un siège au Parlement lors du scrutin du 12 février. Plus encore, la coalition qu’il dirige, le Jamaat-e-Islami, est perçue comme l’un des principaux favoris. Une victoire le propulserait à la tête du premier gouvernement se réclamant de l’islam politique dans le pays.

Cette renaissance spectaculaire fait suite à la chute, en août dernier, de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, après plusieurs semaines de violences. Son régime avait proscrit le Jamaat, emprisonné nombre de ses cadres, dont Shafiqur Rahman lui-même pendant quinze mois, et procédé à l’exécution de plusieurs de ses dirigeants. Le parti est désormais de nouveau autorisé et jouit d’une visibilité retrouvée.

Sur la scène publique, le docteur Rahman adopte un discours mesuré, estimant que le climat politique n’a jamais été aussi propice à ses idées. Il se présente en défenseur d’un « renouveau moral » de la société, plaçant la bonne gouvernance au fondement de la stabilité et de la prospérité. Il promet, en cas d’accession au pouvoir, de respecter l’État de droit et de protéger les minorités religieuses, qui constituent environ dix pour cent de la population bangladaise. Sur le plan diplomatique, il affiche une ligne « équilibrée » entre les deux puissances régionales, l’Inde et la Chine.

Ce positionnement conciliant lui vaut des éloges au sein de son camp. Certains observateurs, comme le rédacteur en chef du journal conservateur Naya Diganta, lui attribuent une large part dans le renouveau du parti, saluant son caractère « inclusif et ouvert ». Le leader islamiste a même abordé les pages les plus sombres de l’histoire de son mouvement, évoquant la guerre d’indépendance de 1971, durant laquelle le Jamaat avait soutenu le Pakistan. Il a déclaré être prêt à demander pardon à la nation si des crimes étaient établis.

Cette prudence affichée n’a pourtant pas empêché quelques accrocs, notamment sur la question de la place des femmes. En janvier dernier, un message publié sur ses réseaux sociaux, qualifiant de « forme de prostitution » le fait de « pousser les femmes hors de leur foyer au nom de la modernité », avait provoqué une vive polémique et une manifestation de femmes à Dacca. Shafiqur Rahman s’est défendu en invoquant un piratage de son compte et a effacé la publication, tout en multipliant par la suite les déclarations apaisantes.

Ses détracteurs lui rappellent également les campagnes passées de son parti contre des footballeuses ou le recrutement de professeurs de danse. Des critiques sont même venues de l’intérieur de sa propre coalition, l’interpellant sur la place des femmes refusant toute autorité masculine ou appartenant à d’autres confessions. Né dans une famille notable du nord-est du pays, Shafiqur Rahman a brièvement milité à l’extrême gauche avant de rejoindre, en 1977, l’aile étudiante du Jamaat-e-Islami, auquel il est resté fidèle depuis. Marié à une médecin, il est père de deux filles qui exercent également cette profession.

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