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Économie

Staten Island, l’archipel du ressentiment

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_**Au sein de la métropole new-yorkaise, l’arrondissement le plus conservateur nourrit un sentiment d’abandon et relance le vieux rêve d’une sécession.**_

Avec ses quartiers pavillonnaires et ses vastes parkings, Staten Island semble appartenir à un autre monde que celui des gratte-ciel de Manhattan. Cet arrondissement, relié au reste de la ville par un pont et une liaison maritime, cultive depuis longtemps une identité distincte, teintée d’un profond sentiment de marginalisation. L’élection récente d’un maire démocrate aux positions progressistes a ravivé des tensions latentes et remis sur le devant de la scène une idée ancienne, celle de quitter New York pour former une municipalité indépendante.

Les griefs sont nombreux et souvent répétés. Les habitants déplorent le manque d’équipements publics, à commencer par l’absence d’hôpital public, la faiblesse des transports en commun et une offre culturelle limitée. L’histoire récente, marquée par la présence d’une immense décharge recevant les ordures de toute l’agglomération jusqu’en 2001, a laissé des traces durables. Cette impression de servir de zone de relégation se cristallise dans le surnom local de « l’arrondissement oublié ». Politiquement, l’île constitue une exception au sein de la ville, s’étant régulièrement distinguée par son vote majoritairement conservateur et son rejet des candidats de gauche.

Le projet sécessionniste, porté par certains élus républicains locaux, n’est pas nouveau. Un référendum consultatif organisé en 1993 avait d’ailleurs enregistré une large adhésion à cette idée. Ses partisans avancent des arguments économiques, mettant en avant la croissance démographique et l’implantation d’entreprises comme le gigantesque centre logistique d’Amazon, qui pourraient, selon eux, assurer la viabilité financière d’une entité autonome. Ils estiment que l’île contribue davantage en recettes fiscales qu’elle ne reçoit en services de la part de la municipalité.

La faisabilité d’une telle séparation reste toutefois un sujet de débat. Le poids démographique relativement faible de Staten Island face aux huit millions d’habitants de New York complique toute revendication. Au conseil municipal, seuls trois sièges sur cinquante-et-un représentent l’arrondissement, limitant son influence. Certains responsables locaux prônent donc une approche plus pragmatique, envisageant une autonomie accrue plutôt qu’une rupture totale. L’hostilité probable de l’État de New York constitue un autre obstacle de taille.

L’opinion publique sur l’île apparaît partagée. Si certains résidents adhèrent à l’idée d’indépendance, voyant là une reconnaissance de leur singularité, d’autres redoutent de perdre les avantages liés à l’appartenance à une métropole riche et puissante. Le maire de New York a, pour sa part, réaffirmé le caractère indissociable de Staten Island au reste de la ville, sans pour autant apaiser les frustrations. Les analystes estiment que ce débat, aussi vieux que le rattachement de l’île à New York en 1898, pourrait se perpétuer encore longtemps. En attendant, la demande essentielle des habitants semble être une simple reconnaissance de leur existence et de leur contribution à l’histoire de la métropole, au-delà des clichés qui leur sont souvent associés.

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