Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

L’or brun, promesse non tenue pour les planteurs ivoiriens

Article

le

Alors que les cours mondiaux s’effondrent et que les acheteurs se font rares, les cultivateurs de cacao, pourtant essentiels à l’économie nationale, continuent de vivre dans une précarité extrême, loin des bénéfices de la filière.

Dans l’ouest du pays, à Betykro, l’existence de Laurent Koné, producteur depuis trois décennies, se déroule dans une maison de terre coiffée d’une bâche, sans accès à l’électricité. Son quotidien illustre le paradoxe d’une profession qui fait vivre des millions de personnes mais ne parvient pas à assurer le minimum vital à ceux qui la pratiquent. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, traverse actuellement une crise de débouchés, ses exportations étant ralenties par des problèmes de liquidité chez les acheteurs internationaux et la chute des prix sur les marchés.

Cette conjoncture difficile frappe de plein fouet des communautés déjà vulnérables. Les revenus demeurent insuffisants pour nombre d’entre eux, une situation qui perdure malgré la fixation récente d’un prix garanti au producteur présenté comme historique. Depuis que ce prix a été établi, la baisse des cours mondiaux a rendu les transactions commerciales moins attractives, laissant de nombreux cultivateurs sans paiement depuis plusieurs mois. Les promesses d’amélioration des conditions de vie, évoquées par les autorités, semblent bien lointaines sur le terrain.

À Betykro, une cinquantaine de familles partagent une unique pompe à eau et vivent coupées du réseau mobile. L’accès aux soins reste problématique, le premier dispensaire étant éloigné et les mécanismes de couverture maladie souvent inadaptés aux réalités rurales. Le sentiment de déception est palpable. Boniface Djabia, chef du village et planteur, résume un état de fait largement partagé en désignant ses vêtements usés, symbole d’une pauvreté persistante.

Les difficultés sont structurelles. Les terres, exploitées de manière intensive, voient leurs rendements baisser. Pour tenter de maintenir la production, les agriculteurs s’endettent afin d’acheter des intrants, s’enfermant dans un cycle d’appauvrissement. La stratégie dominante consiste encore à étendre les surfaces cultivées, une pratique qui a contribué à une déforestation massive au cours des dernières décennies, sans pour autant augmenter la productivité par hectare.

Face à cette impasse, certains producteurs cherchent des alternatives en diversifiant leurs cultures, optant pour l’hévéa ou le palmier à huile, dont les cycles de production sont moins aléatoires. Cette reconversion partielle offre une bouffée d’oxygène et se traduit parfois par un habitat plus solide. Cependant, le découragement gagne la jeune génération. Beaucoup, comme Alidou Traoré, qui a repris l’exploitation familiale, avouent manquer de perspective et ne pas souhaiter que leurs enfants embrassent ce métier.

Le secteur du cacao, pilier de l’économie ivoirienne, se trouve ainsi à un carrefour. La volonté affichée de transformer davantage la matière première sur place constitue une piste, mais elle ne répond pas à l’urgence sociale qui touche les campagnes. L’enjeu dépasse la simple fluctuation des cours. Il s’agit de repenser un modèle qui, jusqu’à présent, n’a pas permis de redistribuer équitablement la richesse générée par l’« or brun », laissant ceux qui le cultivent dans une précarité qui semble, pour beaucoup, être devenue une condition permanente.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus