Monde
Londres sous tension, les hôtels accueillant des demandeurs d’asile pris pour cible


La multiplication des manifestations hostiles à l’immigration crée un climat d’inquiétude parmi les résidents et les personnes protégées, tandis que les autorités tentent de contenir les débordements.
Plusieurs établissements hôteliers de la capitale britannique, reconvertis en centres d’hébergement pour demandeurs d’asile, font l’objet de rassemblements hostiles réguliers. Ces événements, organisés par des groupes aux sensibilités nationalistes, alimentent un sentiment d’insécurité chez les résidents de ces structures, mais aussi parmi certains riverains.
Devant le Thistle Barbican, situé en plein cœur de Londres, des barrières métalliques et des planches de bois obstruent désormais les accès. Un résident originaire d’Afrique, qui a requis l’anonymat, confie son malaise face à cette atmosphère délétère. Selon lui, l’hostilité ambiante s’est accentuée ces dernières semaines. Logé depuis deux ans dans le cadre de la procédure d’asile britannique, il affirme être perçu comme un adversaire, alors qu’il recherche seulement une protection.
Le mouvement de protestation a pris de l’ampleur après qu’un résident d’un hôtel similaire à Epping, dans la banlieue nord-est, a été condamné pour agression sexuelle sur mineure. Les réseaux sociaux ont amplifié la colère, diffusant des messages accusant les migrants de bénéficier de conditions d’accueil privilégiées aux dépens des nationaux.
À Canary Wharf, quartier d’affaires de l’est londonien, la situation n’est pas moins tendue. L’annonce de l’installation de demandeurs d’asile à l’hôtel Britannia a provoqué une vive émotion. Britt-Marie Monks, commerçante établie non loin de là, avoue avoir modifié ses habitudes de déplacement par crainte des incidents. Elle redoute autant les manifestants que d’éventuels troubles imputables aux résidents, bien qu’aucun incident notable n’ait été signalé à ce jour.
Les symboles nationaux, drapeaux et étendards, fleurissent sur les devantures et dans l’espace public, brandis tant comme marqueur identitaire que comme moyen d’apaisement face à des protestataires parfois agressifs. Un commerçant d’origine pakistanaise a ainsi accroché le drapeau anglais pour dissuader d’éventuels actes de vandalisme. Il souligne que les demandeurs d’asile n’ont causé aucun trouble, mais craint des représailles collatérales.
Pour Mo Naeimi, ancien résident devenu travailleur social, ces personnes servent de boucs émissaires dans un contexte socio-économique dégradé. La perspective d’une marche organisée par des figures d’extrême droite ce week-end suscite des appréhensions supplémentaires. Beaucoup redoutent une intensification des tensions, dans une atmosphère déjà chargée d’incertitude.





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