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L’intelligence artificielle s’immisce dans les bibliothèques musicales

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Des morceaux synthétisés par des algorithmes sont illicitement attribués à de véritables interprètes sur les principales plateformes de streaming, semant la confusion parmi les auditeurs et soulevant des questions cruciales sur l’intégrité des catalogues en ligne.

La découverte s’est imposée de manière aussi soudaine qu’inquiétante. Emily Portman, artiste folk britannique, a appris par un admirateur l’existence d’un nouvel opus à son nom, alors qu’elle n’avait publié aucun disque depuis plusieurs années. En investiguant, elle a constaté la présence d’un album intitulé « Orca » sur ses pages Spotify et Apple Music. L’instrumentation et les thématiques évoquaient son univers, mais l’écoute a confirmé ses doutes. Il s’agissait d’une production entièrement conçue par intelligence artificielle, calquée sur son style et sa voix, mais dépourvue de sa substance créative.

Ce phénomène ne constitue pas un cas isolé. De l’autre côté du globe, le musicien australien Paul Bender a fait face à une situation similaire avec son groupe The Sweet Enoughs, retrouvant dans son répertoire en ligne des titres qu’il qualifie d’étrangers à son travail. Le procédé employé par les fraudeurs apparaît d’une simplicité déconcertante. En se faisant passer pour les artistes auprès de sociétés de distribution numérique, ils parviennent à intégrer ces compositions algorithmiques aux profils officiels. Cette faille dans les systèmes de vérification d’identité des plateformes ouvre la voie à ce que certains dénoncent comme un pillage artistique à grande échelle.

L’enjeu dépasse la simple supercherie esthétique. Derrière ces uploads frauduleux se profile une motivation économique. Les droits d’auteur générés par les écoutes, bien que minimes à l’unité, peuvent représenter des sommes significatives lorsqu’ils sont artificiellement gonflés par des réseaux de bots. L’industrie musicale britannique, par la voix de ses représentants, alerte sur cette dérive qui exploite les failles d’un écosystème déjà vulnérable.

La sophistication croissante des outils de génération musicale, comme Suno ou Udio, brouille encore davantage les frontières. Une récente étude commanditée par le service français Deezer révèle que la majorité des auditeurs peinent désormais à différencier une production humaine d’une création algorithmique. Cette confusion facilite la prolifération de ces contenus contrefaits, y compris sous le nom d’artistes disparus, rendant leur détection plus ardue.

Face à cette situation, les artistes touchés se heurtent à des démarches souvent longues et fastidieuses pour obtenir le retrait des morceaux. Si des législations, notamment en Californie, offrent certains recours, la protection juridique reste fragmentée à l’échelle internationale. Les géants du streaming, interpellés sur leur responsabilité, affirment renforcer leurs dispositifs de contrôle en collaboration avec les distributeurs et améliorer la transparence de leurs catalogues.

Malgré ces perturbations, les créateurs concernés tentent de préserver l’essentiel. Emily Portman et Paul Bender poursuivent chacun l’élaboration de nouveaux projets musicaux. Ils soulignent la valeur irremplaçable de la collaboration humaine et de l’authenticité créative, appelant leurs pairs à ne pas se laisser détourner par ces usurpations numériques. Cet épisode illustre les défis inédits auxquels est confrontée la création artistique à l’ère de l’IA, où la défense de l’identité et de l’intégrité des œuvres devient un combat quotidien.

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