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L’exode silencieux des communautés bédouines en Cisjordanie

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Face à une pression constante et à l’inaction des autorités, des familles palestiniennes abandonnent leurs terres ancestrales, contraintes par l’installation de nouveaux résidents israéliens.

Ahmed Kaabneh a dû renoncer à la terre où il avait passé quarante-cinq années de sa vie. Comme lui, de nombreuses familles bédouines de la région d’al-Hathrura, dans le centre de la Cisjordanie, ont plié bagage ces derniers mois. Leur départ fait suite à l’arrivée, à quelques centaines de mètres de leurs habitations, de groupes de citoyens israéliens établissant des implantations informelles. Le hameau de Kaabna, autrefois constitué de modestes constructions, se trouve aujourd’hui vidé de ses occupants.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est considérablement accentué au cours des deux dernières années. Selon les chiffres des Nations unies, plus de trois mille Palestiniens appartenant à des communautés bédouines ont été déplacés depuis l’automne 2023. Les mois récents ont enregistré un pic des incidents, marquant une intensification sans précédent depuis le début des relevés statistiques en la matière. Les témoignages font état d’intimidations répétées, d’obstacles à la libre circulation et de dégradations matérielles, créant un climat d’insécurité permanent.

Les autorités israéliennes sont régulièrement interpellées sur l’absence de poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs de ces actes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a précédemment évoqué l’action d’une minorité extrémiste, ne représentant pas, selon ses termes, l’ensemble des résidents israéliens de la région. Cependant, des organisations locales de défense des droits soulignent que ces agissements se déroulent dans un contexte de quasi-impunité et bénéficieraient, selon elles, d’une forme de laisser-faire de la part des forces de sécurité.

La présence israélienne en Cisjordanie, qui remonte à 1967, s’est traduite par l’établissement de plusieurs centaines de milliers de citoyens israéliens dans des zones également peuplées par près de trois millions de Palestiniens. La communauté internationale considère ces implantations comme contraires au droit international. Le gouvernement actuel, qui compte parmi ses membres des partisans affirmés d’une extension de la souveraineté israélienne sur ce territoire, a vu le rythme de cette expansion s’accélérer, en particulier depuis le déclenchement du conflit à Gaza.

Pour les familles déplacées comme celle d’Ahmed Kaabneh, l’épreuve est double. Installées dans des abris de fortune près de Jéricho, elles doivent non seulement reconstruire leur quotidien, mais aussi composer avec un sentiment de vulnérabilité persistant. Le chef de famille explique que des individus surveillent désormais leur nouveau lieu de résidence depuis les hauteurs avoisinantes. Cette situation illustre la difficulté pour ces populations de trouver un refuge stable, alors que le tissu social et territorial de leurs zones d’origine se modifie en profondeur, laissant place à un paysage marqué par l’abandon et l’isolement.

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