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L’Europe face à l’épineuse question de sa dissuasion nucléaire

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Alors que les menaces sécuritaires se précisent et que la fiabilité du parapluie américain est questionnée, les capitales européennes engagent une réflexion complexe sur l’avenir de leur protection stratégique.

La conférence de Munich sur la sécurité a servi de cadre à des échanges révélateurs sur un sujet longtemps tabou. Le chancelier allemand a confirmé l’existence de discussions confidentielles avec la France concernant les fondements d’une dissuasion nucléaire européenne. Cette évolution intervient dans un contexte marqué par une double préoccupation. D’un côté, l’agression russe en Ukraine, menée sous la couverture implicite de son arsenal atomique, alimente les craintes d’une extension du conflit. De l’autre, l’engagement transatlantique à long terme est scruté avec une attention accrue, notamment dans l’hypothèse d’un retour de politiques américaines plus isolationnistes.

Un groupe d’experts internationaux a présenté à Munich un rapport soulignant l’urgence pour les Européens de sortir d’une certaine complaisance stratégique. Le document, intitulé « Les options nucléaires de l’Europe », évalue cinq scénarios possibles, tout en avertissant qu’aucune solution n’est simple, peu coûteuse ou dénuée de risques. Les pistes vont du maintien de la dépendance à Washington au renforcement des capacités britanniques et françaises, en passant par le développement d’une force strictement conventionnelle ou d’une dissuasion européenne commune.

La voie du statu quo, qui consiste à s’en remettre entièrement à la garantie américaine au sein de l’Otan, conserve de nombreux partisans. Pour plusieurs responsables, l’Alliance atlantique reste le cadre indépassable, doté d’une planification et de doctrines éprouvées. Le renforcement de la coopération nucléaire franco-britannique, récemment réaffirmé, est perçu comme une évolution positive, mais toujours envisagée dans ce cadre collectif. Les disparités colossales entre les arsenaux américain et européens rendent en effet l’idée d’une autonomie stratégique complète à court terme irréaliste aux yeux de nombreux observateurs.

Cette réflexion, longtemps cantonnée aux cercles spécialisés, gagne désormais le champ politique. Un discours doctrinal majeur attendu de la part du président français à la fin du mois est particulièrement anticipé. Il devrait préciser comment la doctrine nationale française pourrait s’articuler avec des coopérations renforcées et des exercices communs avec certains partenaires clés. L’enjeu est de taille, car les décisions ultimes en la matière relèvent, in fine, des seuls chefs d’État et de gouvernement détenteurs de ces capacités. Le débat européen sur la dissuasion est ouvert, mais il appelle désormais des choix politiques concrets.

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