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Économie

Les start-up de défense allemandes pressent Berlin d’accélérer la modernisation technologique de l’armée

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Face aux enseignements du conflit ukrainien, les jeunes entreprises du secteur plaident pour une réorientation massive des investissements vers les systèmes autonomes, au risque, selon elles, de voir l’outil militaire allemand se figer dans le passé.

La volonté affichée par Berlin de doter l’Allemagne de la première armée conventionnelle d’Europe repose en grande partie sur ses industriels historiques de l’armement. Cependant, une nouvelle génération d’entreprises technologiques spécialisées dans la défense exhorte les autorités à opérer sans délai un changement de paradigme stratégique. Pour ces acteurs émergents, les engagements financiers colossaux annoncés doivent prioritairement financer le virage vers les drones et l’intelligence artificielle, désormais considérés comme des éléments déterminants de la puissance militaire.

Le conflit en Ukraine a démontré, selon ces start-up, l’importance cruciale des progrès technologiques dans le domaine des systèmes sans pilote. Relativement abordables et polyvalents, ces appareils autonomes peuvent mener des missions de frappe, de reconnaissance ou de logistique. Leur capacité à neutraliser des équipements adverses bien plus coûteux, sans exposer de vies humaines, en fait des atouts majeurs. Leur efficacité et leur autonomie sont promises à un développement rapide avec l’intégration de l’intelligence artificielle.

Les dirigeants de ces jeunes pousses estiment que les pouvoirs publics allemands doivent pleinement saisir le caractère transformateur de ces technologies et en faire le cœur de l’armée de demain. Ils critiquent une répartition des dépenses qu’ils jugent déséquilibrée, avec une écrasante majorité des crédits encore allouée aux systèmes d’armement traditionnels. Certains reconnaissent une évolution positive dans les procédures d’approvisionnement militaire, mais déplorent un rythme d’adoption trop lent face à l’accélération des innovations. La rapidité d’exécution et la capacité à concrétiser les stratégies sont présentées comme des impératifs pour rester compétitif.

Cette vision se heurte à celle des groupes industriels établis, piliers historiques de l’industrie de défense allemande, qui emploient des dizaines de milliers de personnes. Leurs dirigeants défendent la pertinence continue des armements conventionnels. Ils soutiennent que la défense d’un pays ou la répulsion d’un agresseur nécessitera toujours des chars, de l’artillerie et des munitions classiques, même s’ils investissent également dans les drones. Pour ces poids lourds du secteur, un conflit hypothétique impliquant l’OTAN serait d’une nature différente de la guerre en Ukraine et verrait un rôle moins prépondérant des systèmes autonomes.

Les chiffres budgétaires semblent, pour l’instant, refléter une approche de compromis. Si des investissements spécifiques dans les drones ont été annoncés, ils représenteraient une part modeste au regard des enveloppes globales prévues pour la décennie à venir, dont une portion significative est destinée aux programmes portés par les industriels traditionnels. Le ministère de la Défense, sans commenter ces estimations, reconnaît le caractère décisif des drones dans le combat tout en affirmant que les chars, les véhicules blindés et les avions de chasse demeureront indispensables.

Des observateurs extérieurs mettent en garde contre le risque pour l’Allemagne de manquer une révolution technologique. Ils pointent le décalage potentiel entre la planification militaire et le rythme effréné du développement des systèmes autonomes. L’enjeu, selon eux, est d’éviter de se doter d’équipements conçus pour la guerre du passé plutôt que pour les conflits futurs, un écueil que l’armée allemande a déjà connu par le passé avec des scandales liés à des matériels obsolètes ou inadaptés.

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