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Les Iraniennes conquièrent l’asphalte à moto, un symbole de liberté

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Malgré l’absence de permis officiel et un cadre social restrictif, de plus en plus de femmes en Iran enfourchent des deux-roues, transformant progressivement le paysage urbain et les normes établies.

Dans les rues de Téhéran, un phénomène discret mais significatif prend de l’ampleur. Des femmes, casquées et déterminées, pilotent désormais scooters et motos au milieu d’une circulation dense. Cette pratique, longtemps considérée comme l’apanage exclusif des hommes, connaît un essor notable depuis quelques mois. Une instructrice expérimentée, formée elle-même dans la clandestinité nocturne il y a des années, constate aujourd’hui l’affluence de nouvelles élèves dans son centre de formation. Elle observe un changement tangible des mentalités, là où l’activité était autrefois systématiquement découragée.

Le chemin vers cette forme de mobilité n’a pourtant pas été simple. Les impératifs vestimentaires stricts de la République islamique ont longtemps constitué un obstacle pratique et symbolique majeur. Les conductrices devaient autrefois superposer des combinaisons amples à leurs équipements, une contrainte qui entravait leur conduite. Si les contrôles policiers semblent aujourd’hui moins rigides, selon les témoignages recueillis, le cadre légal reste flou et source d’incertitude. En effet, aucune autorisation de conduire pour les motocyclettes n’est délivrée aux femmes, malgré l’absence d’une interdiction formelle énoncée par les porte-parole gouvernementaux.

Cette situation crée une vulnérabilité juridique pour les adeptes du deux-roues. En l’absence de permis, elles redoutent d’être systématiquement tenues pour responsables en cas d’accident, même lorsqu’elles en sont victimes. Cette précarité légale alimente une appréhension persistante lors des interactions avec les forces de l’ordre, malgré des expériences souvent rapportées comme étant sans confrontation. Certaines conductrices évoquent la crainte de se voir confisquer leur véhicule ou de subir des remarques désobligeantes.

L’engouement actuel s’inscrit dans un contexte plus large de revendications portées par les Iraniennes ces dernières années. La volonté de s’approprier l’espace public et de défier certaines normes sociales s’est accentuée après les événements de 2022. Conduire une moto devient ainsi, au-delà d’un simple moyen de transport, un acte d’affirmation personnelle et une quête d’autonomie. Pour une créatrice de mode ou une esthéticienne, apprendre à manier un deux-roues représente une forme de conquête et de normalisation d’une pratique désormais assumée.

Les autorités religieuses conservatrices continuent d’exprimer leur désapprobation, pointant du doigt les tenues qu’elles jugent non conformes. Cependant, sur le terrain, les pratiquantes avancent avec prudence et détermination. Certaines se fient à la régularité de leurs documents d’assurance et d’immatriculation pour circuler, espérant ainsi éviter les ennuis. Cette nouvelle présence féminine sur les routes iraniennes, bien que confrontée à des défis persistants, illustre une évolution sociale lente mais réelle, où le bitume devient le théâtre d’une discrète émancipation.

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