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Culture

L’édition braille française au bord du gouffre

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Le dernier éditeur national de livres en braille, essentiel à l’accès à la culture et à l’autonomie des personnes aveugles et malvoyantes, alerte sur sa situation financière critique et réclame un soutien urgent de l’État.

Au cœur de la médiathèque José Cabanis à Toulouse, un fonds unique en son genre rassemble des milliers d’ouvrages en braille. Ce pôle documentaire, le plus important de France, prête ses collections à des lecteurs non-voyants sur tout le territoire et au-delà. Son principal fournisseur, le Centre de transcription et d’édition en braille (CTEB), est aussi le dernier éditeur de textes en braille de l’Hexagone. Une position de monopole qui ne le protège pas d’une menace de disparition, faute de soutien financier pérenne.

La direction de l’association qui gère le centre tire la sonnette d’alarme. Elle attend depuis trois ans une aide substantielle promise par le ministère de la Culture. Sans cet apport, la structure pourrait fermer ses portes, privant des millions de personnes d’un accès fondamental à la littérature et à la connaissance. Pour les professionnels du secteur, cette perspective signifierait un recul majeur pour l’inclusion, renforçant la marginalisation d’une partie de la population.

La production d’un livre en braille représente un processus long et onéreux. L’adaptation d’un roman peut exiger plusieurs semaines de travail et aboutir à plus de dix volumes épais. Le papier spécifique, les machines à embosser et l’expertise indispensable des transcripteurs et relecteurs, souvent bénévoles et eux-mêmes déficients visuels, expliquent un coût unitaire pouvant atteindre 1 200 euros. Une économie fragile, où seule la transcription de relevés bancaires pour la majorité des établissements financiers français dégage des bénéfices, permettant de subventionner partiellement l’édition culturelle.

Cette activité bancaire, vitale pour l’équilibre du centre, est elle-même promise à décliner avec la généralisation progressive de plateformes numériques accessibles. Une évolution qui condamnerait à terme ce modèle de financement croisé. Face à cette impasse, le CTEB a instauré il y a trois ans l’application du prix unique du livre à son catalogue, une mesure qui a permis de doubler les ventes. Cette politique garantit aux lecteurs non-voyants une égalité tarifaire avec les ouvrages classiques, un principe jugé essentiel pour une réelle inclusion sociale et culturelle.

Malgré ces efforts, le catalogue ne propose qu’environ 200 nouveautés par an, soit une infime partie de la production éditoriale française. Seulement 4% des parutions sont ainsi accessibles en braille. Pour élargir cette offre, la structure a soumis au ministère une proposition de financement fondée sur une contribution minime prélevée sur chaque livre vendu en librairie. Une solution simple, selon ses promoteurs, qui assurerait la pérennité de toute l’édition adaptée.

L’enjeu dépasse largement la seule lecture de loisir. Le braille constitue un outil d’alphabétisation, d’éducation et d’autonomie dans la vie quotidienne, des notices médicamenteuses aux informations dans les transports. Sa préservation est présentée comme une condition sine qua non pour éviter de créer une génération entière mise sous tutelle et privée des moyens de son indépendance. Alors que la dynamique d’inclusion s’est accentuée en France ces dernières années, la survie de ce pilier de l’accessibilité reste suspendue à des décisions politiques.

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