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Le Sud yéménite s’affirme, fragilisant le camp anti-Houthis

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La prise de contrôle de vastes territoires orientaux par les séparatistes du Conseil de transition du Sud redessine les rapports de force au sein du camp gouvernemental, exposant ses profondes divisions.

Un mouvement séparatiste, pourtant membre de l’exécutif reconnu par la communauté internationale, a étendu son emprise sur des régions clés de l’est du Yémen la semaine dernière. Cette avancée rapide des forces du Conseil de transition du Sud, soutenues par les Émirats arabes unis dans le gouvernorat pétrolier de Hadramaout, a provoqué la réprobation de ses alliés au sein du gouvernement, appuyés quant à eux par l’Arabie saoudite. Cette manœuvre bouleverse l’équilibre déjà précaire du camp loyaliste face aux rebelles houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa et le nord du pays.

Dirigé par Aïdar al-Zoubaïdi, le STC milite pour la sécession du Sud, ancien État indépendant jusqu’en 1990. Son influence a crû avec le conflit opposant les Houthis, soutenus par l’Iran, à la coalition militaire menée par Ryad et Abou Dhabi. Intégré au Conseil présidentiel dirigeant le gouvernement officiel, le mouvement séparatiste avait déjà affronté les forces loyalistes par le passé, avant un accord de partage du pouvoir négocié sous l’égide saoudienne en 2019.

L’opération récente visait officiellement à déloger des éléments loyalistes et un chef tribal accusés de complicité avec des trafics au profit des Houthis et de groupes terroristes. En quelques jours, les forces du STC, traditionnellement cantonnées au littoral, se sont déployées sans résistance notable dans le nord du Hadramaout, puis dans le gouvernorat voisin de Mahra, frontalier d’Oman. Le mouvement affirme désormais contrôler l’intégralité de l’ancien Yémen du Sud, alimentant les spéculations sur une éventuelle proclamation d’indépendance.

Le président du Conseil présidentiel, Rachad al-Alimi, a dénoncé ces initiatives unilatérales, les qualifiant de menace pour l’unité nationale. L’absence de réaction militaire significative suggère cependant des complicités au sein même des rangs gouvernementaux. Pour les observateurs, cette offensive met en lumière la faiblesse structurelle et les dissensions internes qui minent l’autorité du Conseil présidentiel, dont l’avenir apparaît incertain. Un haut responsable gouvernemental, sous couvert d’anonymat, estime qu’une déclaration d’indépendance n’est actuellement ni réalisable ni viable, faute de consensus aux niveaux national et international. L’objectif immédiat du STC serait plutôt de renégocier les termes de l’accord de 2019 et de consolider son autorité dans le sud, dans un contexte où des pourparlers de paix avec les Houthis pourraient reprendre.

Les réactions régionales reflètent des intérêts divergents. L’Arabie saoudite a appelé au retrait des forces séparatistes et prôné l’apaisement, tandis que les Émirats arabes unis ont réaffirmé leur soutien au processus politique, en coordination avec Ryad. Si les deux puissances du Golfe partagent l’objectif de contenir l’influence houthie, leurs visions à long terme diffèrent. Une sécession du Sud offrirait aux Émirats un accès stratégique à des ressources énergétiques et à des axes commerciaux, mais placerait l’Arabie saoudite face à un État potentiellement instable à sa frontière méridionale. Le sultanat d’Oman, qui entretient des liens historiques avec le gouvernorat de Mahra, pourrait également être amené à jouer un rôle dans l’évolution de la situation.

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