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Le Soudan au bord de la fragmentation

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Le conflit qui déchire le Soudan depuis plus de deux ans connaît une escalade décisive. Les affrontements s’intensifient sur plusieurs fronts, menaçant l’intégrité territoriale du pays et plongeant des millions de civils dans une crise humanitaire sans précédent.

Le rapport de forces entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) se cristallise sur des lignes de fracture géographiques bien définies. Les forces gouvernementales du général Abdel Fattah al-Burhane maintiennent leur emprise sur le nord, l’est et le centre du territoire, incluant la capitale Khartoum et le port stratégique de Port-Soudan. En face, les FSR du général Mohamed Daglo consolident leur domination sur le sud et la quasi-totalité de la vaste région du Darfour, où une administration parallèle a été instaurée. La pression est particulièrement forte sur El-Facher, dernier bastion de l’armée dans le Darfour-Nord, dont la chute semblerait imminente selon de nombreux observateurs.

La situation humanitaire atteint des niveaux critiques, notamment à El-Facher, assiégée depuis mai 2024. Plus de deux cent soixante mille civils y seraient pris au piège, confrontés à un blocus et à des conditions de survie extrêmes. Les tentatives d’évacuation s’avèrent périlleuses, exposant les populations à des violences graves. Les récentes attaques de drones ayant frappé une mosquée et un marché illustrent la dangerosité du quotidien. La prise par les FSR des camps de déplacés de Zamzam et d’Abou Chouk, vidés de leurs centaines de milliers d’habitants, marque un tournant inquiétant, ces sites étant désormais suspectés de servir de bases logistiques.

Au Kordofan, région riche en ressources pétrolières, les combats se sont également intensifiés. Les acteurs humanitaires y signalent une flambée des prix des denrées alimentaires et une malnutrition aiguë, particulièrement parmi les enfants. Les exactions contre les civils se multiplient, comme en témoignent les attaques meurtrières sur des villages près de Bara. Si l’armée a récemment repris le contrôle de cette localité stratégique, empêchant la jonction des FSR entre le Darfour et Khartoum, les paramilitaires poursuivent leurs manœuvres d’encerclement autour des capitales régionales El-Obeid et Kadugli.

Malgré la reprise de l’État de Khartoum par l’armée en mai et des travaux de reconstruction annoncés, la sécurité reste précaire. Les FSR continuent de mener des attaques ciblées sur des infrastructures énergétiques et militaires aux abords de la capitale et dans d’autres régions, y compris sur des sites jusqu’alors épargnés. Cette guerre, qui a déjà causé des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, est décrite par les Nations Unies comme la pire crise humanitaire actuelle. Le risque d’une fragmentation durable du Soudan, déjà amputé du Sud en 2011, préoccupe de plus en plus la communauté internationale.

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