Culture
Le smartphone, ce nouveau personnage de roman
_**Dans son dernier ouvrage, Delphine de Vigan explore l’emprise des téléphones sur nos existences et les traces numériques qui subsistent après une disparition.**_
L’écrivaine publie un récit qui aurait été impossible à concevoir il y a deux décennies. Son intrigue s’articule autour de l’influence omniprésente des appareils mobiles et des données qu’ils conservent lorsque leurs propriétaires s’évanouissent. L’héroïne de cette fiction, intitulée « Je suis Romane Monnier », s’interroge sur les véritables intentions de ces objets connectés.
Comme dans ses œuvres précédentes, l’autrice construit des protagonistes à travers lesquels elle incarne des questionnements contemporains. Elle invente des destins individuels pour donner une forme tangible à des préoccupations collectives. Le roman met en scène deux individus dont les chemins se croisent lors d’un quiproquo dans un établissement parisien. Ils échangent par inadvertance leurs téléphones portables.
La jeune Romane accepte de restituer l’appareil à son propriétaire, Thomas, mais lui demande de conserver le sien sans fournir d’explication. Intrigué par cette requête inhabituelle, l’homme se plonge dans l’univers numérique de l’inconnue pour tenter de percer les raisons de son retrait soudain de toute vie sociale. Dans un journal intime conservé sur le dispositif, la jeune femme exprime son épuisement face au flux incessant des réseaux sociaux et à cette impression de consommation sans fin.
Pour la romancière, ce sentiment de submersion dans l’océan numérique semble de plus en plus partagé. Certains individus choisissent délibérément de se déconnecter, notamment de l’actualité permanente. L’écrivaine se refuse cependant à tout discours moralisateur, préférant laisser ses personnages témoigner sans porter de jugement.
Le récit évoque également, par le biais du personnage de Thomas, une époque révolue où il était possible de s’asseoir à une terrasse sans être captif d’un écran. Ce temps libre, non mesuré et sans trace numérique, apparaît aujourd’hui comme un souvenir lointain. L’œuvre s’inscrit dans la continuité des réflexions de l’autrice sur les empreintes que chacun laisse derrière soi.
Elle observe que pour les nouvelles générations, peu de traces matérielles ou manuscrites subsistent. Les correspondances épistolaires ou les journaux intimes sur papier sont devenus rares. L’intimité se trouve désormais préservée, noyée au milieu d’une infinité de données, dans les mémoires des téléphones. Le roman soulève ainsi une question essentielle. Que devient le contenu numérique d’une personne après sa disparition ? Qu’adviendra-t-il de ces archives du siècle présent ?
Ce nouvel opus paraît cinq ans après un précédent roman consacré à la surexposition des enfants sur les plateformes en ligne. L’écrivaine souligne la chance de pouvoir créer à son rythme, un privilège qu’elle ne prend pas à la légère. Parallèlement à son travail romanesque, elle explore d’autres formes d’écriture, avec une pièce de théâtre qui sera présentée prochainement à Paris puis en festival.
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