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Le silence suédois, une thérapie contre l’agression sonore

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Face à la cacophonie urbaine, la Suède propose une immersion sensorielle radicale. Trois couples ont testé un séjour en cabane où la parole était limitée à 45 décibels, une expérience pilote pour sensibiliser aux méfaits de la pollution acoustique.

Au cœur des forêts de Scanie, une maisonnette isolée a accueilli ces volontaires dans le cadre du projet « Silent Cabin ». L’initiative émane de l’office du tourisme local, qui a identifié le calme comme l’atout principal de la région auprès des visiteurs internationaux. Les participants, privés de téléphone et soumis à une discipline sonore stricte, devaient maintenir leurs échanges en dessous du seuil d’une conversation chuchotée. Un sonomètre dissimulé dans les lieux veillait au respect de cette règle, avec pour sanction un renvoi immédiat en cas de transgression prolongée.

Pour Lise Holm, participante allemande de 26 ans, cette contrainte mesurable a été essentielle pour approcher l’expérience avec sérieux. Durant quatre jours, les résidents ont renoncé aux dialogues pour privilégier des activités silencieuses – méditation, peinture, promenades en forêt. Ils ont découvert une palette de sons habituellement masqués par le tumulte urbain, une redécouverte auditive qui a transformé leur rapport à l’environnement. Johanna, sa sœur aînée, souligne combien cette parenthèse a contrasté avec le rythme effréné du quotidien.

Selon Josefine Nordgren, responsable du projet, le silence prolongé agit comme un régulateur bénéfique sur le corps et l’esprit. Les retours des participants confirment cette assertion. Lise Holm évoque une régénération énergétique profonde, un sentiment de plénitude et une confiance retrouvée. L’Agence européenne pour l’environnement rappelle que le bruit constitue le deuxième facteur environnemental le plus préjudiciable à la santé en Europe, après la pollution atmosphérique. Un Européen sur cinq serait exposé à des niveaux sonores nocifs, avec des risques accrus de pathologies cardiovasculaires et de troubles mentaux.

Toutefois, la retraite silencieuse ne saurait constituer une réponse systémique. Eulalia Peris, experte en acoustique environnementale, met en garde contre les solutions purement individuelles. Un exode vers les zones rurales, sans modification des habitudes de mobilité, ne ferait que déplacer le problème. Elle prône plutôt une approche structurelle, combinant réduction du bruit à la source, abaissement des vitesses autorisées, développement de zones tampons et promotion des mobilités douces. Le défi acoustique appelle une réponse collective, là où le refuge en forêt n’offre qu’un répit temporaire.

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