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Le sanctuaire marin péruvien face à un effondrement écologique

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La réserve naturelle de Punta San Juan, autrefois considérée comme un modèle de conservation, voit aujourd’hui ses populations d’oiseaux et de mammifères marins s’effondrer sous l’effet combiné de crises sanitaires, climatiques et de la pression halieutique.

Les falaises de Punta San Juan, qui surplombent le Pacifique dans le sud aride du Pérou, offrent un spectacle désolant. Là où des centaines de milliers d’oiseaux marins animaient autrefois le paysage, seules persistent aujourd’hui quelques colonies clairsemées. Les lions de mer et les manchots de Humboldt, espèces emblématiques de ce littoral, voient leurs effectifs diminuer de manière alarmante. Ce déclin généralisé reflète la situation critique que traverse l’ensemble de l’écosystème marin côtier.

Deux phénomènes majeurs ont précipité cette dégradation. L’épidémie de grippe aviaire survenue fin 2022 a décimé les populations aviaires, tandis que le réchauffement des eaux provoqué par El Niño a éloigné vers le large les bancs de poissons dont dépendent ces prédateurs marins. Les scientifiques observent que si ces animaux ont développé des mécanismes d’adaptation face aux variations naturelles du climat, la fréquence et l’intensité accrues de ces perturbations menacent désormais leur capacité de résilience.

Pourtant, ce site bénéficiait jusqu’à présent d’une protection exemplaire. Classée réserve naturelle depuis plus d’un siècle après une période de surexploitation du guano, la péninsule était devenue un refuge unique pour la faune marine. Un mur de protection érigé dans les années 1940 en avait fait une île artificielle préservée des prédateurs terrestres, tandis qu’un dispositif complet de surveillance et de recherche scientifique garantissait sa conservation.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du désastre. Alors que la péninsule abritait encore récemment 200 000 oiseaux producteurs de guano, 2 500 manchots de Humboldt et 11 000 lions de mer, leurs populations respectives ont chuté à seulement 200, 500 et 1 200 individus. Cette réduction drastique place l’écosystème dans une situation préoccupante, selon les experts qui évoquent désormais un seuil critique.

La surpêche industrielle de l’anchois, principale ressource halieutique de la région, aggrave considérablement la situation. Les prises ont augmenté de 25 pour cent l’an dernier, atteignant 4,6 millions de tonnes, destinées presque exclusivement à la production de farine et d’huile pour l’aquaculture mondiale. Cette compétition directe pour les ressources alimentaires prive les prédateurs marins de leur subsistance fondamentale.

Cette crise écologique affecte également l’économie locale, notamment les agriculteurs qui dépendent du guano comme engrais naturel. La dernière campagne de récolte s’achève avec seulement 11 000 tonnes collectées, contre près de 17 000 lors de la précédente opération en 2019. La diminution des colonies d’oiseaux marins compromet ainsi une ressource agricole traditionnelle, créant une situation préoccupante pour l’avenir de l’agriculture péruvienne.

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