Économie
Le Salvador, de la terreur des gangs à l’essor touristique
Le pays connaît une transformation spectaculaire, attirant des visiteurs du monde entier grâce à une sécurité retrouvée, au prix d’un régime d’exception controversé qui emprisonne des milliers de personnes.
Le paysage du Salvador a radicalement changé en quelques années. Les plages de sable noir, comme celle d’El Tunco, longtemps désertées par crainte des violences, sont aujourd’hui bondées de surfeurs et de touristes venus profiter des vagues du Pacifique. Cette renaissance touristique, chiffres à l’appui, est directement attribuée par de nombreux observateurs et visiteurs à la politique de sécurité drastique mise en œuvre par le gouvernement.
Un état d’urgence, en vigueur depuis maintenant plusieurs années, autorise les arrestations sans mandat judiciaire et a conduit à l’incarcération de dizaines de milliers de présumés membres de gangs. Les autorités reconnaissent elles-mêmes que plusieurs milliers d’innocents, arrêtés par erreur, ont dû être libérés. Cette stratégie, qualifiée de nécessaire par ses partisans, est vivement critiquée par des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent des détentions arbitraires, des procès expéditifs et des conditions carcérales inhumaines.
Malgré ces controverses, l’image internationale du pays se métamorphose. Le secteur du tourisme a engrangé des recettes record l’an dernier, représentant une part significative de l’économie nationale. Des événements d’envergure, comme le concours Miss Univers ou la récente tournée de la chanteuse Shakira, ont été accueillis, symbolisant cette nouvelle attractivité. Pour des visiteurs venus de pays voisins encore en proie à l’insécurité, le Salvador apparaît comme un havre de paix relatif.
L’adhésion populaire à cette politique reste massive, selon tous les sondages. Dans les rues commerçantes, des articles à l’effigie du président Nayib Bukele se vendent comme des souvenirs. Son discours, qui met en avant une sécurité tangible au quotidien, résonne fortement auprès d’une population longtemps traumatisée. Pour ses défenseurs, les excès du système sont le prix à payer pour une stabilité longtemps espérée. Pour ses détracteurs, ce modèle s’apparente à un autoritarisme déguisé, où la fin justifie tous les moyens. Le pays navigue désormais entre cette reconnaissance économique nouvelle et les interrogations persistantes sur le respect des libertés fondamentales.
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