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Économie

Le Mozambique à l’aube d’une ère gazière

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Le projet gazier de TotalEnergies, suspendu depuis trois ans, s’apprête à redémarrer dans le nord du pays. Cette relance pourrait transformer l’économie nationale tout en soulevant d’importantes questions sécuritaires et environnementales.

Le consortium Mozambique LNG, dirigé par TotalEnergies, a officiellement levé l’état de force majeure qui paralysait depuis 2021 son projet d’exploitation gazière dans la province de Cabo Delgado. Ce chantier de vingt milliards de dollars représente le plus important investissement de l’histoire du Mozambique et positionne le pays parmi les futurs acteurs majeurs du marché gazier mondial. Les premières exportations de gaz naturel liquéfié pourraient intervenir d’ici quatre ans selon le calendrier établi par les opérateurs.

Cette relance intervient dans un contexte géopolitique complexe. La région septentrionale du Mozambique reste secouée par une insurrection jihadiste active depuis 2017. L’attaque la plus meurtrière, survenue en mars 2021 près du site gazier, avait contraint TotalEnergies à suspendre ses activités et fait l’objet de poursuites judiciaires en France pour homicide involontaire. Le déploiement de forces rwandaises, financé par l’Union européenne, a contribué à stabiliser la zone, bien que des incidents sécuritaires persistent.

Le potentiel énergétique du bassin de Rovuma suscite autant d’espoirs économiques que de préoccupations écologiques. Les réserves estimées dépassent les cinq mille milliards de mètres cubes, de quoi alimenter plusieurs pays européens pendant deux décennies. Trois méga-projets concurrents – celui de TotalEnergies, celui d’ENI déjà en production et celui d’ExxonMobil en attente de décision finale – pourraient propulver le Mozambique au rang des dix premiers producteurs mondiaux de gaz d’ici 2040.

Les retombées économiques annoncées contrastent avec les défis structurels du pays. Le Fonds monétaire international anticipe une croissance pouvant atteindre 10% lors du démarrage de la production, contre 2,5% actuellement. Cependant, le projet ne générera que cinq mille emplois locaux temporaires durant sa phase de construction. La gestion des revenus gaziers par le fonds souverain national s’annonce cruciale dans un pays déjà marqué par des scandales de détournements de fonds publics.

Cette renaissance du secteur gazier mozambicain illustre la tension entre impératifs énergétiques mondiaux et développement local. Alors que l’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements, les organisations environnementales dénoncent des « bombes climatiques » incompatibles avec les engagements climatiques internationaux. Le Mozambique, classé parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique, devra naviguer entre opportunité économique et responsabilité environnementale.

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