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Le Kenya face à l’enjeu mondial des terres rares

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Au cœur d’une forêt kényane, des communautés traditionnelles se retrouvent prises dans une compétition internationale pour l’accès à des minerais stratégiques, tandis que les craintes environnementales et sociales s’intensifient.

La colline boisée de Mrima, dans le sud-est du Kenya, abrite d’importants gisements de niobium et d’autres éléments rares, attisant les convoitises de plusieurs puissances économiques. Cette zone forestière, qui s’étend sur moins de quatre kilomètres carrés près de la frontière tanzanienne, a été estimée en 2013 à une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Depuis, des représentants diplomatiques et des investisseurs étrangers multiplient les visites, illustrant l’intérêt géostratégique que suscitent ces ressources.

Les États-Unis ont récemment dépêché sur place un ancien ambassadeur par intérim, confirmant l’importance accordée par Washington à la sécurisation de l’accès aux minerais critiques. Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large visant à contrer l’influence dominante de la Chine dans le secteur des terres rares. Parallèlement, un consortium australien a soumis une offre d’exploitation, tandis que des ressortissants chinois ont également tenté d’accéder au site.

Les habitants des cinq villages avoisinants expriment une vive inquiétude face à ces développements. Leurs moyens de subsistance dépendent étroitement de la forêt, qui fournit des plantes médicinales, du miel et abrite des lieux sacrés. Certains redoutent des expulsions, craignant de ne bénéficier d’aucune retombée économique malgré la richesse du sous-sol. Un gardien communautaire rapporte que des véhicules de luxe tentent régulièrement d’approcher la zone, mais sont systématiquement refoulés par les locaux, soucieux de prévenir une exploitation destructrice.

Les autorités kényanes, après avoir instauré un moratoire sur les nouvelles licences minières en 2019, ont engagé des réformes pour attirer les investisseurs tout en promettant davantage de transparence. Le gouvernement espère ainsi porter la contribution du secteur minier à 10 % du PIB d’ici 2030. Cependant, des observateurs pointent le manque de données géologiques précises et les risques de corruption, susceptibles de freiner les projets d’exploitation responsables.

Au-delà des enjeux économiques, la préservation du patrimoine naturel et culturel reste une préoccupation majeure. La forêt de Mrima abrite des espèces végétales uniques, dont certaines orchidées menacées, et constitue un sanctuaire pour les traditions locales. Face à ces défis, une partie de la communauté souhaite néanmoins que l’exploitation minière puisse générer des revenus, évitant ainsi que ces richesses ne restent inaccessibles aux populations qui vivent sur ces terres depuis des générations.

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