Planète
Le Japon face à la menace grandissante des ours
La multiplication des rencontres entre humains et plantigrades affamés dans les campagnes japonaises provoque une inquiétude croissante, avec un nombre record de victimes cette année.
Un pâtissier de soixante-huit ans se remémore l’assaut soudain qui faillit lui coûter la vie. Alors qu’il se trouvait dans son garage, un ours l’a violemment projeté au sol avant de le mordre au visage. Cette agression survenue dans la préfecture d’Akita n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le mois d’avril, treize personnes ont perdu la vie dans l’archipel, un chiffre sans précédent. Les signalements d’ours pénétrant dans des habitations, rôdant près des établissements scolaires ou surgissant dans des commerces se multiplient à un rythme alarmant.
Les spécialistes pointent deux facteurs principaux derrière cette recrudescence. D’une part, la population d’ours connaît une expansion notable, avec douze mille ours bruns et quarante-deux mille ours noirs recensés sur l’île principale de Honshu. D’autre part, la raréfaction des ressources alimentaires en forêt, particulièrement des glands, pousse les animaux affamés à s’aventurer près des zones habitées. Le phénomène s’accentue avec le dépeuplement progressif des campagnes japonaises, où la diminution des activités humaines en lisière des forêts brouille les frontières entre les espaces sauvages et les lieux de vie.
Les autorités tentent de répondre à cette situation critique. Le gouvernement a classé l’ours parmi les espèces dont la régulation est autorisée, tandis que l’armée a été mobilisée pour soutenir les opérations de capture. Les chasseurs traditionnels, dont les effectifs ont pourtant diminué de moitié depuis quatre décennies, sont sursollicités. Plus de neuf mille plantigrades ont été abattus lors de la dernière année, et les forces de l’ordre ont reçu l’autorisation d’utiliser leurs armes contre les animaux menaçants.
Dans les villages concernés, l’appréhension est tangible. Les habitants adoptent diverses stratégies pour se protéger, comme accrocher des clochettes à leurs sacs ou échanger des conseils de vigilance. Un sentiment d’insécurité grandit face à la fréquence des incidents. Les observations quotidiennes et la violence accrue des attaques, où les ours chargent désormais leurs cibles plutôt que de fuir, alimentent les craintes. Un médecin urgentiste témoigne de l’évolution inquiétante des comportements animaliers après trente années passées à soigner des blessures causées par ces mammifères.
La perspective de l’hibernation apportera un répit temporaire, mais beaucoup s’accordent sur la nécessité de mesures structurelles pour contenir une coexistence devenue périlleuse. Sans intervention déterminée, la situation pourrait continuer de se dégrader, transformant certains territoires ruraux en zones de confrontation permanente entre l’homme et l’animal.
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