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Le dernier refuge des lions d’Asie prospère dans l’ouest de l’Inde

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Dans le parc national de Gir, la population de ces félins uniques a connu une croissance remarquable, fruit de décennies d’efforts de conservation. Cette réussite pose cependant de nouveaux défis pour la cohabitation avec les communautés humaines voisines.

Le crépuscule enveloppe la forêt de tecks et d’acacias lorsqu’un rugissement retentit. Une lionne émerge alors de la végétation, s’approche avec une indolence souveraine et s’installe au bord de la piste, indifférente aux véhicules de visiteurs. Cette scène, devenue presque quotidienne dans le sanctuaire de Gir, illustre la tranquille reconquête d’une espèce qui frôla naguère l’effacement. Ce territoire de près de deux mille kilomètres carrés, situé dans l’État du Gujarat, constitue désormais l’ultime habitat naturel au monde pour les lions d’Asie.

Les derniers décomptes officiels confirment une dynamique démographique exceptionnelle. Le nombre de spécimens est passé de 627 à 891 individus en cinq ans, soit une progression de plus d’un tiers. Cette résurrection est le résultat d’un engagement protecteur initié il y a plus de sept décennies et constamment renforcé depuis. Les mesures ont été multiples, allant de la sécurisation des points d’eau et des axes de circulation à la préservation des proies et des corridors écologiques. La population locale, qui considère ces animaux avec un mélange de respect religieux et de fierté, participe activement à leur sauvegarde, un facteur clé de cette réussite.

Cette expansion territoriale engendre toutefois des situations nouvelles. Les félins explorent désormais une zone bien plus vaste que les limites du parc, s’aventurant parfois à plusieurs dizaines de kilomètres. Cette dispersion s’accompagne d’une augmentation des interactions, parfois conflictuelles, avec les activités humaines. Le nombre d’animaux d’élevage prélevés par les lions a significativement cru ces dernières années. Si les attaques directes sur les personnes demeurent rares, quelques incidents tragiques rappellent la complexité de cette coexistence.

La concentration de l’ensemble de la population dans une seule région soulève également des questions parmi les scientifiques. Certains experts pointent les risques associés à un pool génétique restreint et à une exposition commune à une éventuelle épizootie ou catastrophe naturelle. Des propositions visant à établir une seconde population viable dans un autre État indien se sont jusqu’à présent heurtées à des réticences politiques. Les gestionnaires du parc estiment néanmoins que la formation naturelle de plusieurs groupes distincts, y compris en dehors de la réserve centrale, constitue déjà une forme de diversification et atténue ce risque.

Au-delà du sort emblématique des lions, l’effort de conservation profite à l’ensemble de l’écosystème. Le parc de Gir abrite plus de quatre cents espèces supplémentaires, des oiseaux aux reptiles en passant par de nombreux mammifères, dont la survie est indirectement garantie par la protection accordée aux grands félins. Cette approche intégrée, combinant une vigilance constante et l’adhésion des communautés, forge un modèle de préservation dont l’efficacité est désormais reconnue, tout en devant sans cesse s’adapter aux défis de sa propre réussite.

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