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Le chemsex, une pratique à haut risque psychique
Le psychiatre Jean-Victor Blanc publie un ouvrage pour alerter sur les conséquences graves de cette sexualité associée à la consommation de drogues, un phénomène encore méconnu et sous-estimé.
La pratique du chemsex, contraction des termes anglais « chemical » et « sex », désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel. Apparue dans les années 2000, elle vise à potentialiser le plaisir et à prolonger la durée des rapports. Un psychiatre spécialisé tire la sonnette d’alarme sur les répercussions psychologiques majeures de ce phénomène, dans un livre qui paraît ces jours-ci. Selon lui, cette pratique concernerait au minimum entre cent et deux cent mille personnes en France, principalement des hommes homosexuels.
Les substances utilisées sont diverses, allant de la kétamine au 3-MMC, en passant par le GHB ou son précurseur, le GBL. Ces produits, qui peuvent altérer les fonctions érectiles, conduisent souvent les usagers à y associer des médicaments comme le Viagra. La démocratisation des applications de rencontre géolocalisées a facilité l’organisation de ces rendez-vous, créant une illusion d’accessibilité permanente à des partenaires.
Au-delà des risques infectieux, notamment de contamination par le VIH ou d’autres IST, en raison de pratiques non protégées ou d’injections, le chemsex expose à de lourdes séquelles psychiques. Les professionnels observent fréquemment des cas d’addiction, de dépression, de troubles anxieux, voire d’idéations suicidaires ou délirantes. Les conséquences sociales sont également palpables, pouvant mener à l’isolement, à la rupture des liens familiaux ou à la perte d’emploi. Le risque le plus immédiat reste l’overdose, en particulier au GHB, qui conduit régulièrement des patients aux services d’urgence.
Les profils des personnes concernées sont très variés, allant du travailleur du sexe au cadre supérieur, en passant par le père de famille. Une constante émerge cependant dans leurs parcours. Beaucoup ont connu des difficultés liées à leur orientation sexuelle, du harcèlement durant l’enfance, et une proportion significative a subi des agressions sexuelles précoces. Pour certains, notamment parmi les migrants ayant fui des persécutions liées à leur homosexualité, le chemsex peut apparaître comme une échappatoire séduisante face aux discriminations et aux injonctions religieuses.
L’objectif de cette publication est de sortir le sujet de la simple rubrique des faits divers pour en faire une question de santé publique à part entière. L’auteur estime que ce fléau est longtemps resté invisible, peut-être parce qu’il semblait cantonné à la communauté gay. Il appelle à une meilleure formation des professionnels de santé, généralistes et pharmaciens, pour améliorer le dépistage et la prise en charge, et éviter toute stigmatisation des patients. Les pouvoirs publics auraient pris note de ces enjeux, le sujet étant intégré aux réflexions en cours pour l’élaboration de la future stratégie nationale de santé sexuelle.
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