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L’autocensure des adolescentes rurales face aux inégalités territoriales

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Dans les campagnes françaises, les jeunes filles subissent une double peine : éloignement géographique et stéréotypes persistants qui freinent leurs ambitions.

Le parcours des adolescentes grandissant en milieu rural ressemble trop souvent à une succession d’obstacles invisibles. Entre mobilité réduite, offre éducative limitée et pression sociale, leur horizon professionnel se trouve considérablement rétréci. Une lycéenne de 16 ans, scolarisée dans les Deux-Sèvres, en témoigne. Brillante élève, elle ignorait jusqu’à l’existence de Sciences Po avant qu’un mentor ne l’oriente vers cette voie. Son cas illustre un phénomène plus large, celui de l’autocensure qui frappe particulièrement les jeunes filles issues des territoires ruraux.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Seulement 15 % des élèves de milieux modestes envisagent d’intégrer une grande école, contre près de la moitié des jeunes urbains issus de catégories favorisées. Cette disparité s’explique en partie par l’éloignement des centres de formation, concentrés à 70 % dans les métropoles. Mais au-delà des contraintes matérielles, c’est aussi une question de représentations. Les filières animalières ou pédagogiques restent surreprésentées dans les aspirations des jeunes rurales, rarement encouragées à viser des carrières plus prestigieuses.

La mobilité constitue un autre défi de taille. Privées de moyens de transport autonomes, beaucoup dépendent de leurs proches pour se déplacer, ce qui limite leurs opportunités extrascolaires. Les garçons bénéficient d’une plus grande liberté, accédant plus facilement aux deux-roues. Cette inégalité se double d’une charge domestique souvent plus lourde pour les filles, cantonnées dans des rôles traditionnels.

L’isolement culturel et sportif aggrave encore la situation. Certaines n’ont jamais assisté à un concert, faute d’offre locale. D’autres renoncent à des activités par crainte des ragots, dans des communautés où la réputation des jeunes filles reste étroitement surveillée. Pourtant, beaucoup nourrissent un attachement profond à leur territoire, souhaitant simplement le voir évoluer pour offrir davantage de perspectives.

Face à ces constats, des initiatives associatives tentent de briser ces plafonds de verre géographiques. Mais sans une politique volontariste pour désenclaver ces territoires et lutter contre les stéréotypes, le déterminisme social et territorial continuera de peser sur les rêves de toute une génération.

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