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L’archipel submergé, le combat silencieux des Philippines contre l’océan

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La montée des eaux transforme le quotidien de milliers de Philippins, contraints de s’adapter à un environnement de plus en plus hostile. À Pugad, île en première ligne, chaque marée haute rythme désormais la vie des habitants.

Chaque matin, une habitante de l’île de Pugad, au nord des Philippines, entame une lutte acharnée contre l’eau salée qui envahit régulièrement son logis. Armée d’une simple pelle, elle tente de repousser l’avancée quotidienne de la mer, devenue une routine épuisante pour de nombreuses familles. Ses pieds, immergés durant des heures, portent les stigmates de cette bataille incessante.

L’île de Pugad, modeste territoire de sept hectares, connaît un phénomène d’affaissement accéléré du sol. Selon les observations des spécialistes, ce mouvement atteint près de onze centimètres par an, un rythme sans équivalent dans le pays. Cette subsidence, provoquée par une exploitation intensive des nappes phréatiques, est aggravée par l’élévation globale du niveau des océans.

La vie s’organise désormais au gré des marées. Les établissements scolaires adaptent leurs horaires pour protéger les enfants des eaux souvent insalubres. Les commerces surélèvent leurs étals, tandis que les habitations sont juchées sur pilotis ou rehaussées régulièrement à grand renfort de gravier et de ciment. Lors des grandes marées, l’eau peut monter jusqu’à un mètre cinquante, paralysant toute activité.

Les autorités locales tentent de répondre tant bien que mal à cette situation. Les routes sont régulièrement surélevées, mais les projets à long terme peinent à se concrétiser, souvent freinés par les changements d’orientation politique. Une étude nationale est en cours, mais ses conclusions ne sont attendues que dans plusieurs années.

Pour les résidents, l’adaptation a un coût financier et psychologique élevé. Certains, installés depuis des générations, hésitent entre l’attachement à leur terre et la tentation de l’exil. D’autres estiment que partir équivaudrait à une condamnation sociale, faute de perspectives économiques ailleurs.

Les scientifiques rappellent que seule une régulation stricte des prélèvements d’eau souterraine pourrait freiner l’enfoncement des sols. Mais inverser la montée des océans exigera des efforts bien plus vastes, à l’échelle internationale, pour réduire les émissions responsables du réchauffement climatique. En attendant, chaque marée rappelle aux habitants de Pugad la précarité de leur existence.

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