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L’appétit minier congolais grignote les sanctuaires forestiers

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Alors que la course aux minerais stratégiques s’intensifie en République démocratique du Congo, les réserves forestières communautaires, pourtant légalement reconnues, font face à des pressions croissantes. Ces espaces, conçus pour concilier préservation et développement local, voient leur intégrité menacée par l’expansion des concessions d’exploration.

Dans la province du Haut-Katanga, le contraste est saisissant. D’un côté, d’immenses étendues de forêts de miombo, écosystème unique de forêt tropicale sèche, placées sous la gestion directe des villages. De l’autre, une activité minière frénétique, attisée par la demande mondiale en cobalt et en cuivre. Ces deux mondes entrent régulièrement en collision. Des incidents récurrents illustrent ces tensions, comme l’interpellation d’équipes de surveillance communautaire par des militaires aux abords de sites en développement, barrant l’accès à des zones pourtant officiellement protégées.

Le mécanisme des Concessions forestières des communautés locales (CFCL), instauré il y a près d’une décennie, devait constituer un rempart. En attribuant des titres fonciers officiels aux villages, il visait à sécuriser les droits ancestraux et à permettre une gestion durable des ressources, tout en bloquant l’accès aux exploitants miniers. Vingt réserves de ce type, couvrant près de 240 000 hectares, ont ainsi été créées dans la seule province du Haut-Katanga. Pour les communautés, il s’agissait d’une réponse à la crainte d’être déplacées, après avoir observé le sort d’autres villages face à l’avancée des projets industriels.

Pourtant, la protection juridique semble insuffisante face à l’ampleur des enjeux économiques. Le registre minier national révèle une concentration exceptionnelle de permis d’exploration et d’exploitation le long de la célèbre ceinture de cuivre-cobalt, qui traverse justement ces territoires. Des réserves en attente d’homologation finale se superposent déjà à des permis accordés à des sociétés, souvent sous contrôle étranger. Cette coexistence spatiale génère des conflits d’usage et des risques environnementaux majeurs, notamment pour les cours d’eau et les terres agricoles, comme l’a rappelé un récent incident industriel aux portes de Lubumbashi.

Les défis opérationnels sont tout aussi prégnants. Les brigades de bénévoles chargées de surveiller ces vastes territoires manquent cruellement de moyens et se heurtent à des intrusions, qu’il s’agisse de bûcherons illégaux ou de prospections minières. L’application des textes de loi sur le terrain reste lacunaire, laissant souvent les communautés démunies face à des acteurs économiquement et politiquement puissants. Certains observateurs pointent également les limites du modèle, notant que la recherche de revenus immédiats peut parfois conduire les villages eux-mêmes à autoriser des activités extractives sur leurs concessions, compromettant l’objectif de préservation à long terme.

L’ombre de la géopolitique plane sur ces tensions locales. La diplomatie des ressources, activement promue par plusieurs grandes puissances pour sécuriser leur approvisionnement en minerais critiques, accroît la pression sur l’ensemble du bassin. Dans ce contexte, les documents officiels des CFCL, brandis par les responsables communautaires, apparaissent comme un ultime bouclier symbolique. Mais la matérialisation d’infrastructures, comme une route traversant une concession pour desservir un site minier, rappelle avec acuité la fragilité de ces équilibres. L’avenir de ces forêts communautaires se joue dans cette capacité à faire respecter, sur le terrain, des droits pourtant inscrits dans la loi.

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