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La militarisation d’une société russe en première ligne

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_**À Voronej, à 500 kilomètres au sud de Moscou, le quotidien d’une grande ville russe se réorganise autour des réalités du conflit. Les sirènes d’alerte, les campagnes de recrutement et les hommages aux soldats façonnent désormais le paysage urbain et la vie de ses habitants.**_

Dans un centre commercial de la ville, une démonstration de drones attire l’attention des passants. L’opérateur, un jeune homme de dix-neuf ans répondant au pseudonyme de « Chamane », s’apprête à rejoindre le front. Son passage vise à présenter les activités d’un club paramilitaire, tout en affirmant que l’objectif n’est pas nécessairement d’enrôler les adolescents présents. Cette scène illustre la banalisation des activités liées à l’effort de guerre dans l’espace public.

La physionomie de la cité a profondément évolué ces dernières années. Des peintures murales à la mémoire des combattants décédés côtoient des affiches incitant à signer un contrat avec l’armée, certaines promettant des primes substantielles. En périphérie, la présence de systèmes de défense antiaérienne dissimulés sous des filets de camouflage rappelle la proximité des hostilités. Les autorités locales font partie des régions les plus fréquemment touchées par des frappes aériennes, selon des déclarations officielles.

Pour de nombreuses familles, la guerre est une épreuve intime. Une bénévole de soixante-quatre ans, Lioudmila, confectionne des tenues de camouflage pour les troupes. Cette activité lui permet de supporter l’absence de son fils, porté disparu depuis plusieurs mois sur le champ de bataille. Son cas reflète l’inquiétude de milliers de proches, alors que le bilan humain du conflit ne cesse de s’alourdir.

L’ambiance sonore de la ville est également transformée. Un habitant, Roman, évoque les alertes aériennes quotidiennes et le bruit des explosions qui ponctuent les nuits. Ces attaques, principalement dirigées contre des infrastructures énergétiques et portuaires, ont causé des victimes civiles et entretiennent un climat de tension permanent. Face à cette réalité, certains expriment un désir de normalité, comme ce pêcheur qui cherche l’évasion sur la rivière gelée.

Dans ce contexte, des voix discrètes tentent de préserver un message différent. Un artiste local a entrepris, au début des hostilités, d’apposer sur les murs de petites plaques en céramique appelant à la paix, inspirées des badges soviétiques. La plupart ont depuis disparu. Une seule subsisterait, ironiquement située rue de la Paix. Cette initiative éphémère symbolise la difficulté à maintenir un discours alternatif dans une société où l’engagement patriotique et la préparation militaire imprègnent désormais de nombreux aspects de la vie collective.

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