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La mémoire fruitière de l’Italie renaît sous l’impulsion d’une agronome visionnaire

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Une spécialiste parcourt les campagnes italiennes pour retrouver et préserver d’anciennes variétés fruitières, un patrimoine génétique précieux face aux défis climatiques contemporains.

Dans les collines ombriennes, une agronome dédie son existence à la sauvegarde d’un patrimoine végétal en péril. Isabella Dalla Ragione arpente les vergers abandonnés et consulte des archives séculaires pour identifier et cultiver des espèces fruitières disparues des circuits commerciaux. Sa fondation Archeologia Arborea rassemble aujourd’hui près de cent cinquante variétés historiques de pommes, poires et autres fruits cultivés selon des méthodes traditionnelles.

Cette quête botanique s’apparente à une enquête minutieuse. L’experte examine des documents agricoles remontant au XVIe siècle et recueille les témoignages des populations locales pour localiser des arbres méconnus. Sa découverte récente d’une poire florentine ronde, qu’elle pensait éteinte depuis des siècles, illustre l’importance de ces investigations. La modernisation de l’agriculture italienne après-guerre a provoqué l’abandon progressif de ces cultivars au profit de variétés standardisées répondant aux exigences des marchés contemporains.

La valeur de ces fruits anciens dépasse cependant leur simple rareté. Leur diversité génétique constitue une ressource essentielle pour l’adaptation aux changements climatiques. Ces végétaux présentent souvent une résistance naturelle aux stress hydriques et thermiques qui s’intensifient en Méditerranée. Des spécialistes internationaux soulignent l’urgence de préserver ce patrimoine vivant, susceptible de contribuer au développement de nouvelles souches combinant rusticité et productivité.

Le travail de conservation mené en Ombrie dépasse la dimension nostalgique. La fondation met sa collection à disposition de la recherche scientifique et participe à des programmes européens de recréation de jardins historiques. Chaque variété sauvegardée représente non seulement une richesse culturelle, mais aussi une assurance pour la sécurité alimentaire future. La transmission des savoirs traditionnels reste cependant fragile, la disparition des derniers agriculteurs familiarisés avec ces cultures entraînant une érosion irrémédiable des connaissances pratiques.

Cette entreprise de sauvegarde s’inscrit dans une course contre la montre. La chercheuse doit constamment arbitrer entre ses travaux documentaires et la nécessité d’intervenir rapidement lorsque des spécimens menacés sont identifiés. Chaque saison apporte son lot de découvertes, mais aussi de regrets face à des variétés qu’il n’a pas été possible de préserver à temps. Cette démarche patiente et méthodique incarne une forme de résistance face à l’uniformisation agricole, rappelant que la diversité biologique et culturelle demeure indissociable.

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