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La mémoire de Tulsa s’éteint avec Viola Fletcher à 111 ans

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Elle avait sept ans lors des violences raciales de 1921 et consacra sa vie à témoigner. La disparition de cette rescapée marque un tournant dans la transmission de cette page sombre de l’histoire américaine.

Viola Fletcher, l’une des dernières survivantes du massacre de Tulsa, s’est éteinte à l’âge de 111 ans. Cette femme afro-américaine avait vécu enfant la destruction du quartier prospère de Greenwood, surnommé alors le Wall Street noir, lors d’épisodes de violence raciale qui firent entre 75 et 300 morts selon les estimations historiques. Le maire de Tulsa a salué une femme ayant incarné « 111 années de vérité, de résilience et de grâce ».

Les événements remontent au 31 mai 1921. Une foule blanche s’en prit à la communauté noire de Greenwood après l’arrestation d’un cireur de chaussures accusé à tort d’avoir agressé une femme blanche. Les historiens ont établi que l’affaire s’était limitée à un simple incident sans gravité. Pendant près de vingt-quatre heures, commerces et habitations furent systématiquement pillés et incendiés, tandis que des témoins évoquèrent même l’utilisation d’avions lançant des projectiles incendiaires.

Aucune poursuite judiciaire ne fut jamais engagée contre les auteurs de ces exactions. Les compagnies d’assurance refusèrent toute indemnisation aux victimes, arguant de clauses excluant les dommages survenus lors d’émeutes. Pendant des décennies, cet épisode resta absent des manuels scolaires et de la mémoire collective nationale.

Devant une commission du Congrès en 2021, Viola Fletcher avait décrit avec une précision troublante les scènes dont elle gardait la mémoire intacte. « Je vois encore des hommes noirs se faire tirer dessus, je sens encore la fumée et j’entends les cris », confiait-elle, soulignant que le pays pouvait choisir d’oublier, mais pas elle. Son témoignage contribua à une reconnaissance tardive de ces événements, culminant avec la visite du président Joe Biden à Tulsa pour le centenaire du massacre.

Avec son décès, une seule survivante officiellement identifiée demeure, Lessie Randle, également âgée de 111 ans. Le travail de mémoire entrepris par Viola Fletcher aura permis de sortir de l’ombre l’une des pages les plus douloureuses de la ségrégation raciale aux États-Unis, rappelant combien la transmission directe reste irremplaçable pour comprendre l’ampleur des traumatismes historiques.

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