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La biodiversité aviaire antillaise sous tension

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Le déclin accéléré des populations d’oiseaux tropicaux en Guadeloupe révèle les défis croissants de la cohabitation entre développement humain et préservation écologique.

Les oiseaux tropicaux de l’archipel guadeloupéen subissent une régression alarmante de leurs effectifs, selon les observations convergentes des spécialistes et des associations de protection de la nature. Le pélican brun, espèce emblématique qui donnait son nom en créole à la commune du Gosier, ne niche plus sur le territoire depuis plusieurs années. Seuls quelques individus en vol restent observables au large des côtes, témoignant d’une présence désormais résiduelle.

Cette situation résulte d’une longue histoire de coexistence conflictuelle avec les activités humaines. Après avoir frôlé l’extinction aux siècles derniers en raison d’une chasse intensive, l’espèce avait connu une reconstitution progressive de ses populations avant de nouveau décliner. La colonie du Gosier, qui comptait plus d’une centaine de couples nicheurs au milieu des années 2010, a été contrainte à l’exil par les nuisances occasionnées aux riverains et les perturbations de son habitat.

Les causes de cette érosion aviaire sont multiples et s’inscrivent dans une dynamique globale. La modification des habitats naturels, combinée aux effets du changement climatique, constitue un facteur déterminant. Une étude récente parue dans Nature Ecology & Evolution indique que les populations d’oiseaux des régions tropicales ont diminué de 25 à 38% entre 1950 et 2020 en raison des vagues de chaleur extrêmes.

Le dernier indicateur publié par l’agence guadeloupéenne de la biodiversité confirme cette tendance préoccupante. Sur les 295 espèces recensées dans l’archipel, près d’une sur cinq apparaît menacée. Même les espèces communes enregistrent des baisses de population significatives, comprises entre 20% et plus de 40% pour certaines. Les colibris et les parulines jaunes subissent particulièrement les conséquences de l’évolution des régimes pluviométriques, de la raréfaction des insectes et de la déforestation.

La pression cynégétique persiste malgré les alertes scientifiques. Certains oiseaux de rivage, comme le bécasseau maubèche dont les effectifs ont chuté de 95% en cinquante ans, restent exposés à la chasse malgré leur protection théorique. Les récentes autorisations préfectorales de chasse, concernant des espèces pourtant inscrites sur la liste rouge de l’UICN, ont suscité l’incompréhension des experts qui dénoncent un décalage entre les constats scientifiques et les décisions administratives.

Cette situation illustre les difficultés à concilier protection effective des espèces et activités humaines traditionnelles, dans un contexte où les équilibres écologiques apparaissent de plus en plus fragilisés.

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