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Culture

La Berlinale, miroir des fractures du Proche-Orient

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_**Le festival de Berlin, inévitablement traversé par les tensions liées au conflit israélo-palestinien, a inscrit cette réalité à son écran à travers plusieurs œuvres présentées cette année.**_

La 76e édition de la Berlinale n’a pu faire abstraction du conflit qui déchire le Proche-Orient. Dès son inauguration, la manifestation cinématographique s’est retrouvée au cœur de vives discussions sur la place de l’engagement politique dans le septième art. La position du président du jury, Wim Wenders, affirmant que le cinéma devait se tenir à distance de la sphère politique, a suscité des réactions contrastées au sein de la communauté artistique internationale. Des personnalités telles que l’écrivaine Arundhati Roy ou les acteurs Javier Bardem et Tilda Swinton ont publiquement exprimé leur désaccord, mettant la direction du festival dans une position délicate. Celle-ci a défendu la composition de son jury et rejeté les accusations de censure visant des artistes dénonçant la situation à Gaza.

La programmation hors compétition a accordé une place notable à deux films explorant les répercussions du conflit au-delà de ses frontières immédiates. Le documentaire « Who Killed Alex Odeh ? », réalisé par Jason Osder et William Lafi Youmans, revient sur l’assassinat non élucidé d’un militant palestino-américain en Californie en 1985. S’appuyant sur des archives et des auditions au Congrès américain, l’œuvre examine les pistes liées à des groupes extrémistes et souligne, selon ses auteurs, l’actualité brûlante de cette affaire au regard de l’influence persistante de certaines idéologies. Le co-réalisateur William Lafi Youmans a estimé que retirer ce film de la sélection aurait été un acte contre-productif, notant par ailleurs une évolution perceptible dans le débat public allemand sur ces questions.

Une autre œuvre, « Where To ? » du cinéaste israélien Assaf Machnes, aborde le sujet de manière plus intimiste. Le film suit les rencontres nocturnes entre un chauffeur de taxi palestinien et un jeune Israélien égaré à Berlin, tissant une relation improbable qui interroge les identités et les préjugés. Fruit d’une collaboration décrite comme rare entre un réalisateur israélien et un acteur palestinien vivant en Israël, Ehab Salami, le long-métrage cherche à transcender les clivages par la simple force d’une rencontre humaine. Machnes reconnaît l’impossibilité de faire abstraction du contexte politique tout en affirmant vouloir éviter tout discours militant. Pour sa part, l’acteur principal espère que son travail pourra porter un message d’empathie et d’ouverture.

Ces projections interviennent dans un climat où la direction artistique de la Berlinale observe elle-même des changements dans la manière dont la société allemande aborde la complexité du dossier israélo-palestinien. Le festival, par les films qu’il choisit de montrer et les débats qu’ils provoquent, confirme ainsi son rôle de plateforme où les fractures du monde contemporain trouvent un écho à l’écran.

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