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Isabella Dalla Ragione, la gardienne des fruits disparus

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En Ombrie, une agronome mène une quête scientifique pour ressusciter les variétés fruitières ancestrales, un patrimoine génétique précieux face aux défis climatiques.

Dans les collines toscanes et ombriennes, Isabella Dalla Ragione arpente les vergers abandonnés avec la rigueur d’une enquêtrice. Cette spécialiste de soixante-huit ans consacre son existence à retrouver les traces de fruits oubliés, des pommes florentines aux poires rondes évoquées dans les manuscrits de la Renaissance. Sa fondation Archeologia Arborea rassemble aujourd’hui près de cent cinquante espèces locales, cultivées selon des méthodes traditionnelles dans le hameau de San Lorenzo di Lerchi.

Sa démarche emprunte autant à l’histoire qu’à la botanique. Elle dépouille des carnets agricoles séculaires, interroge les mémoires villageoises et examine les représentations picturales anciennes pour identifier des variétés disparues. Un travail de fourmi qui l’a menée un jour jusqu’à une poire rare signalée dans le journal d’un chef d’orchestre du XVIIe siècle, puis redécouverte dans un bois reculé. Ces fruits, souvent plus résistants face aux aléas climatiques, constituent selon les experts une réserve génétique cruciale pour l’agriculture de demain.

La modernisation intensive du secteur après-guerre a provoqué l’abandon progressif de ces cultures au profit de variétés standardisées. Aujourd’hui, près de quatre-vingts pour cent de la production italienne de fruits dépend de souches étrangères. Or, face à l’accélération du réchauffement, la diversité génétique portée par les espèces anciennes représente un atout majeur pour développer des plants adaptés aux sécheresses et aux températures extrêmes.

Isabella Dalla Ragione alerte sur l’urgence de cette préservation. Chaque disparition d’un vieil arbre emporte avec lui un pan de savoir-faire et de résilience. Elle partage donc sa collection avec des chercheurs et participe à des programmes européens de recréation de jardins historiques. Son combat dépasse la simple nostalgie. Il s’agit de préserver un patrimoine vivant qui pourrait garantir la sécurité alimentaire des générations futures, tout en maintenant un lien tangible avec notre héritage cultural.

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