Planète
Innovations viticoles face au défi climatique
Alors que le réchauffement transforme les équilibres des vins, la recherche bordelaise explore des solutions inédites, des porte-greffes résilients aux levures correctrices, pour préserver l’identité des grands crus.
Dans les vignobles girondins, une révolution silencieuse s’opère sous terre. Les porte-greffes, ces plants racinaires déployés depuis la crise du phylloxéra au XIXe siècle, redeviennent un axe majeur de recherche face à l’accélération du changement climatique. Sur le campus de l’Inrae près de Bordeaux, des alignements de ces souches s’épanouissent sous serre, constituant autant d’options pour adapter la vigne à des conditions environnementales en mutation.
Ces fondations végétales, comparables à des « doubleurs » invisibles selon les métaphores des scientifiques, déterminent les capacités d’enracinement et la résistance hydrique des ceps. Les chercheurs évaluent actuellement cinquante-cinq variétés, françaises et internationales, associées à cinq cépages emblemátiques. Cette diversité génétique permet d’envisager une viticulture moins dépendante de l’irrigation et des intrants, certains porte-greffes présentant une meilleure assimilation des minéraux ou une résistance accrue à la sécheresse.
Parallèlement, la vinification elle-même fait l’objet d’innovations techniques. Des levures sélectionnées spécifiquement sur des baies de raisin permettent désormais de restituer l’acidité perdue lors de fermentations de raisins surmûris. Ces microorganismes deviennent des outils précieux pour corriger les déséquilibres sensoriels induits par l’élévation des températures. La maîtrise de l’oxygénation durant le vieillissement, notamment par le choix des bouchons, s’avère également déterminante pour préserver la fraîcheur et le potentiel de garde des vins.
Les observations scientifiques confirment une évolution sensible des profils organoleptiques. Les vins bordelais tendent vers des expressions plus confiturées, s’éloignant progressivement de leur typicité historique. Cette transformation préoccupe tant les professionnels que les consommateurs attachés au lien entre le produit et son terroir. Des expérimentations comme le vitivoltaïsme – combinant viticulture et production d’énergie solaire – témoignent de la multiplicité des approches explorées.
Si les chercheurs estiment que des solutions existent pour maintenir la viticulture dans la plupart des régions, ils alertent sur l’urgence climatique. Au-delà d’un réchauffement de deux degrés, les modèles deviennent imprévisibles. Les records de température enregistrés sur la peau des raisins cet été, atteignant 52,4°C, rappellent l’acuité de cette course contre la montre où la science tente de préserver un patrimoine millénaire face à des bouleversements sans précédent.
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