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Gabès étouffe sous l’emprise toxique de son complexe industriel

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Une ville tunisienne se soulève contre les émanations chimiques qui empoisonnent sa population et paralysent son quotidien.

Les habitants de Gabès manifestent une colère grandissante face aux rejets toxiques émanant du Groupe Chimique Tunisien. Depuis septembre, les cas d’intoxication se multiplient dans les quartiers avoisinants, provoquant des hospitalisations répétées notamment parmi les élèves. Les établissements scolaires situés à proximité immédiate du site industriel sont particulièrement touchés, avec des témoignages concordants évoquant des malaises, des brûlures respiratoires et des pertes de connaissance.

La colère populaire a culminé mercredi dernier lorsque des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de la ville, une mobilisation d’ampleur inédite depuis plusieurs années. Les forces de l’ordre ont eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires, marquant une escalade dans le conflit qui oppose la population aux autorités.

Le complexe chimique, opérationnel depuis 1972, utilise de l’acide sulfurique et de l’ammoniac pour produire des engrais phosphatés. Selon des élus locaux et des militants écologistes, le vieillissement des installations, l’état délabré des équipements et l’augmentation du rythme de production expliqueraient l’intensification récente des émanations toxiques. Les fuites de gaz, phénomène pourtant ancien, se seraient accrues de manière significative ces dernières semaines.

La situation sanitaire devient préoccupante avec près de deux cents personnes ayant nécessité des soins pour intoxication en un mois, dont cent vingt-deux cas recensés en une seule journée. Les conséquences environnementales sont tout aussi alarmantes, avec une pollution des sols et du littoral ayant entraîné un effondrement de l’activité halieutique et une incidence anormale de pathologies respiratoires et cancéreuses.

Face à cette crise, un groupe d’avocats prépare des actions en justice visant à suspendre les activités polluantes du complexe, puis à obtenir son démantèlement. Cette initiative judiciaire intervient alors que les autorités se trouvent dans une position délicate, le secteur des phosphates constituant un pilier fondamental de l’économie nationale. Le gouvernement ambitionne même de quintupler la production d’engrais d’ici 2030.

Malgré l’envoi récent d’une commission ministérielle sur place, le scepticisme demeure quant à la volonté réelle des pouvoirs publics de résoudre le problème. Pour de nombreux habitants, la priorité sanitaire et environnementale semble sacrifiée sur l’autel des impératifs économiques, laissant une population entière vivre dans l’angoisse permanente des prochaines émanations toxiques.

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