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Des plateaux de télévision dans les antres de la répression syrienne

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Des décors autrefois synonymes de terreur servent désormais de cadre à des fictions retraçant la fin du régime de Bachar al-Assad. Une transformation symbolique qui accompagne le retour d’artistes exilés et un renouveau créatif sous de nouvelles autorités.

À l’aérodrome militaire de Mazzé, aux abords de Damas, le vrombissement d’un hélicoptère ne signale plus une opération des services de renseignement mais marque le tournage d’une scène pour une série télévisée. Ces lieux, qui abritaient un centre de détention tristement célèbre, accueillent désormais les équipes techniques et les comédiens de « La famille du roi ». Cette production relate, à travers le destin d’une famille, les derniers mois du pouvoir déchu. Pour le réalisateur Mohammad Abdel Aziz, filmer sur ce site, ancien symbole de la puissance militaire du régime, constitue un acte chargé de sens, illustrant un renversement complet des réalités passées.

L’initiative ne se limite pas à cette seule enceinte. D’autres séquences sont réalisées au sein de la « branche Palestine », l’un des départements les plus craints des anciens services de sécurité. Les couloirs et bureaux où se déroulaient des interrogatoires musclés sont aujourd’hui encombrés de caméras et de câbles. L’équipe y reconstitue, avec des effets spéciaux simulant combats et incendies, la libération de prisonniers lors de la prise de ces bâtiments par des manifestants. Des scènes qui auraient été inimaginables il y a encore peu, alors que l’accès à ces zones était strictement interdit à la population.

Ce phénomène s’inscrit dans un mouvement plus large de retour pour de nombreux artistes syriens qui avaient fui le pays en raison de leur opposition à l’ancien gouvernement. Leur réinstallation a donné une impulsion notable au secteur audiovisuel local. Plusieurs projets en cours s’emparent directement de l’histoire récente du pays. Parmi eux, « Les Syriens ennemis » explore les mécanismes de la peur et de la délation instaurés par les services secrets, tandis qu’« Une sortie vers le puits » revient sur une mutinerie survenue en 2008 dans la prison de Saydnaya, un établissement pénitentiaire tristement célèbre.

Les conditions de production ont, de l’avis des professionnels, considérablement évolué. Si un comité de lecture existe toujours au ministère de l’Information, les interventions se limiteraient à présent à de simples remarques, loin de la censure drastique qui prévalait auparavant. Cette relative liberté permet désormais de tourner à l’intérieur même d’anciens lieux de détention, avec parfois le soutien logistique des nouvelles autorités. Les créateurs restent néanmoins prudents, attendant de voir comment seront accueillies ces œuvres lors de leur diffusion massive prévue pendant le mois de Ramadan, période traditionnellement cruciale pour les séries dans le monde arabe.

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