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Des millions de Pakistanais privés d’existence légale

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Au Pakistan, l’absence de documents d’identité condamne des générations à l’invisibilité sociale et administrative.

Ahmed Raza, 19 ans, n’a jamais existé aux yeux de l’État. Comme des millions de ses concitoyens, ce jeune Pakistanais vit sans certificat de naissance, ni carte d’identité, ce qui le prive d’accès à l’éducation, au marché du travail ou même à un mariage reconnu. « Sans papiers, je ne suis personne », confie-t-il dans l’unique pièce qu’il partage avec sa mère à Karachi.

Maryam Suleman, sa mère, n’a jamais été enregistrée à l’état civil. Comme beaucoup de familles démunies, elle n’a pas saisi l’importance des formalités administratives dans un pays où près de 45 millions de personnes, selon le dernier recensement, vivent dans cette situation. Pour les enfants, l’absence de certificat de naissance compromet leur scolarisation, les exposant davantage au travail précoce ou aux mariages forcés.

Les obstacles sont multiples. Les procédures, souvent longues et coûteuses, découragent les familles les plus pauvres. Dans les zones rurales, où l’analphabétisme reste élevé, les déplacements vers les centres administratifs représentent un défi logistique et financier. Certains doivent recourir à des intermédiaires peu scrupuleux, alimentant un marché parallèle de faux documents.

Des initiatives tentent d’inverser la tendance. L’Unicef mène des campagnes de sensibilisation en porte-à-porte, tandis que certaines provinces, comme le Pendjab, ont supprimé les frais d’enregistrement. Ces efforts portent leurs fruits : à Rajanpur, le taux d’enfants déclarés a presque triplé depuis 2018.

Pourtant, pour beaucoup, l’urgence ne se fait pas sentir. Muhammad Haris, habitant du Khyber Pakhtunkhwa, n’a enregistré aucun de ses huit enfants. Comme d’autres, il ne voit l’utilité des papiers qu’au moment d’accomplir le pèlerinage à La Mecque, ultime reconnaissance d’une existence longtemps ignorée.

Cette situation pose un défi majeur pour un pays où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Sans identité légale, des millions de Pakistanais restent exclus des services essentiels, perpétuant un cycle de précarité qui se transmet de génération en génération.

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