Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

Cuba, entre charbon et soleil, la quête d’autonomie énergétique

Article

le

Alors que les pénuries d’électricité et de carburant s’aggravent, les habitants de l’île déploient des stratégies de survie, oscillant entre des solutions ancestrales et des technologies modernes, révélant les profondes inégalités face à la crise.

Dans les faubourgs de La Havane, le long des routes, des marchands improvisés étalent des sacs de charbon de bois et des réchauds de fortune. Ces scènes illustrent l’une des réponses pragmatiques adoptées par une partie de la population pour pallier les défaillances chroniques du réseau électrique et la raréfaction du gaz. Une employée de l’État confie rechercher des alternatives, constatant l’absence de carburant dans le pays. Pour de nombreux foyers, l’acquisition d’un groupe électrogène ou d’une batterie lithium reste financièrement inaccessible, faisant du charbon, malgré son coût représentant une part importante du salaire moyen, l’option la plus viable pour cuisiner lors des longues coupures.

L’activité des charbonniers, comme Yurisnel Agosto, connaît une croissance notable. Autrefois fournisseur principalement de commerces, il voit désormais affluer des particuliers soucieux de constituer des réserves en prévision des prochaines pénuries. Cette ruée vers les combustibles solides survient dans un contexte de détérioration économique persistante, marquée par des restrictions énergétiques accrues ces dernières années. La situation rappelle à certains la période de grave austérité des années 1990, contraignant les Cubains à une réorganisation permanente de leur quotidien.

Parallèlement, une autre réponse émerge, réservée à une frange plus aisée de la société. Le secteur de l’installation de panneaux photovoltaïques connaît un essor significatif, porté par une demande exponentielle. Des entreprises privées, récemment autorisées, voient leur carnet de commandes saturé. Reinier Hernandez, chef d’une de ces sociétés, décrit un rythme de travail effréné pour répondre aux sollicitations, ses équipes œuvrant sans relâche, week-ends inclus. Cette ruée vers le solaire témoigne d’une quête d’autonomie face à un système public défaillant.

Cette dualité est frappante. D’un côté, le recours au charbon, solution immédiate et précaire. De l’autre, l’investissement dans l’énergie solaire, durable mais coûteuse. Dans le quartier de Guanabacoa, une initiative caritative incarne cette dernière voie. Un foyer pour personnes âgées géré par l’Église catholique a pu, grâce à des dons, s’équiper d’une installation photovoltaïque. Pour la religieuse qui dirige l’établissement, cette solution était vitale afin de continuer à assurer les repas des résidents. Cependant, le coût d’un tel système, plusieurs milliers de dollars, le place hors de portée de l’immense majorité des citoyens.

Ainsi, face aux mêmes difficultés, deux Cubains se dessinent. La crise énergétique, en exacerbant les disparités sociales, pousse les uns vers des méthodes de subsistance rudimentaires tandis qu’elle offre aux autres la possibilité, à grand frais, de s’affranchir partiellement des contraintes nationales. Cette fracture illustre les défis complexes auxquels est confrontée la société cubaine, partagée entre survie au jour le jour et recherche de résilience à long terme.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus