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Arica, ville frontalière chilienne en proie aux tensions migratoires et sécuritaires

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_**À quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, la cité du nord du pays cristallise les préoccupations nationales autour de la sécurité et de la régulation des flux de population.**_

La campagne électorale chilienne trouve un écho particulier dans les rues d’Arica. Cette agglomération de 250 000 âmes, située à la frontière péruvienne, voit son quotidien façonné par des questions qui animent tout le pays. Les résidents évoquent une transformation profonde de leur environnement, marquée par une montée des actes de délinquance et l’arrivée continue de personnes en situation irrégulière. Ces thèmes occupent une place centrale dans le duel qui oppose la candidate de gauche Jeannette Jara à José Antonio Kast, figure de la droite conservatrice. Ce dernier, donné favori dans les intentions de vote, propose notamment l’expulsion des étrangers sans titre de séjour valide.

La géographie d’Arica explique en partie sa position de premier plan dans ce débat. À une dizaine de kilomètres de la ville s’étend l’un des principaux points de passage officiels du Chili. Depuis plusieurs années, de nombreux migrants, majoritairement originaires du Venezuela, empruntent cependant des itinéraires informels pour entrer sur le territoire. Leur présence, associée à l’activité de groupes criminels organisés, a modifié le paysage social local. Des habitants rapportent la fin d’une époque où il était possible de circuler librement, même de nuit. Les statistiques illustrent cette évolution, avec un taux d’homicides ayant significativement augmenté ces dernières années, dépassant la moyenne nationale.

Les autorités ont mené des opérations ciblées contre ces réseaux, aboutissant à des interpellations et à des condamnations judiciaires. Ces actions ont contribué à une baisse des indicateurs de violence l’année dernière, sans pour autant ramener le calme antérieur. Lors du premier tour du scrutin présidentiel, les formations politiques prônant un durcissement des politiques migratoires et sécuritaires ont recueilli une large majorité des suffrages dans la commune. Ce vote exprime une inquiétude palpable face à la dégradation perçue de l’ordre public.

Cette perception ne doit cependant pas occulter la complexité de la situation. De nombreux secteurs économiques locaux, de la restauration à la santé, dépendent aujourd’hui de cette main-d’œuvre migrante. Des voix s’élèvent pour rappeler que la majorité des nouveaux arrivants cherchent avant tout à travailler et construire une vie stable. Ils bénéficient d’un accès aux soins et à l’éducation pour leurs enfants, même en l’absence de statut régulier. Certains professionnels de santé étrangers sont ainsi devenus indispensables pour combler des pénuries de personnel, notamment dans des zones reculées.

Le climat social n’en reste pas moins tendu. Des résidents d’origine vénézuélienne installés depuis plusieurs années déplorent une montée des préjugés, une forme de stigmatisation collective qui les affecte tous, indépendamment de leur situation individuelle. À l’approche du second tour, la ville d’Arica apparaît comme un microcosme des dilemmes chiliens, partagée entre la nécessité de garantir la sécurité de ses habitants et la reconnaissance de l’apport économique d’une population migrante désormais ancrée dans son tissu social.

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