Culture
Adieu à Mario Vargas Llosa : l’Amérique latine perd son dernier géant littéraire
Le monde des lettres pleure la disparition du Nobel péruvien, dont l’œuvre a marqué des générations. Ses cendres rejoignent désormais le patrimoine immatériel qu’il laisse derrière lui.
La scène était empreinte de solennité ce lundi à Lima, où le cercueil de Mario Vargas Llosa a quitté sa résidence du quartier de Barranco pour un dernier voyage vers le crématorium militaire. L’écrivain, décédé la veille à 89 ans, a été incinéré selon ses volontés, entouré des siens et sous le regard d’une nation en deuil. Le gouvernement péruvien a décrété un jour de deuil national, tandis que les drapeaux flottaient en berne sur les édifices publics.
Figure majeure du « boom » littéraire latino-américain, Vargas Llosa incarnait jusqu’à son dernier souffle l’héritage d’une génération qui révolutionna les lettres hispanophones aux côtés de García Márquez et Cortázar. Son œuvre, traduite dans plus de trente langues, explorait avec une acuité sans pareille les mécanismes du pouvoir et les luttes individuelles, lui valant le prix Nobel de littérature en 2010.
Devant sa demeure, une foule discrète s’était rassemblée, certains serrant contre eux des exemplaires de « La Ville et les Chiens » ou de « Conversation à la Cathédrale ». La présidente Dina Boluarte, en habits de deuil, est venue présenter ses condoléances à la famille, accueillie par Álvaro, le fils aîné de l’écrivain. Aucune parole n’a été prononcée, mais une étreinte silencieuse en disait long sur l’émotion partagée.
Les hommages ont afflué de toutes parts, du Pérou à l’Europe. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a salué « un maître universel du mot », tandis que le président français Emmanuel Macron a rendu hommage à ce « génie des lettres ». L’Académie française, où il siégeait depuis 2021, perd l’un de ses plus brillants ambassadeurs, celui qui sut décrire comme nul autre « les tyrannies, les servitudes et les émancipations ».
À Lima, les librairies ont mis ses livres en vitrine, et les cadets du collège Leoncio Prado – cadre de son premier roman – ont formé ses initiales en son honneur. Francophile passionné, Vargas Llosa avait été le premier écrivain étranger vivant à intégrer la Pléiade, un honneur qui, selon son éditeur, symbolisait à ses yeux « la confraternité entre écrivains et lecteurs ».
Son départ laisse un vide immense, mais son œuvre, elle, demeure plus vivante que jamais.
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