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Une hécatombe piscicole frappe les éleveurs irakiens

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Des tonnes de poissons ont péri dans le sud-est de Bagdad, victimes d’une pollution massive des eaux du Tigre. Cette catastrophe écologique anéantit les revenus de dizaines de pisciculteurs et illustre la crise environnementale chronique que traverse le pays.

Sur les berges du Tigre, les cages d’élevage ne renferment plus que des silences et des pertes colossales. Dans la province de Wassit, des aquaculteurs ont vu leurs bassins se transformer en pièges mortels en l’espace de quelques heures. Une vague d’eau contaminée, charriée par la rivière Diyala, a décimé l’intégralité de leurs cheptels piscicoles. Pour nombre d’entre eux, c’est une vie de travail qui part à vau-l’eau.

L’origine du drame remonte à des précipitations tardives survenues début avril. Pour gérer ces apports soudains, les autorités ont procédé à des lâchers d’eau depuis le barrage de Hamrin. Le flot s’est engouffré dans le Diyala, un affluent du Tigre déjà saturé par des rejets d’eaux usées non traitées provenant de plusieurs stations d’épuration défaillantes. La crue a alors charrié cette pollution concentrée vers le cours principal du fleuve.

Les images satellitaires ont enregistré la progression d’un panache sombre, distinctif, depuis la Diyala vers le Tigre. Ce phénomène visuel attestait d’une concentration exceptionnelle de contaminants. Aucune alerte n’a cependant été donnée aux exploitants en aval. Lorsque l’eau noire a atteint leurs installations, l’issue a été foudroyante. Les poissons, asphyxiés, ont péri par milliers.

Les pertes économiques se chiffrent en millions de dollars pour la seule région de Wassit, où plus de mille tonnes de carpes, poisson emblématique de la gastronomie locale, ont été perdues. Les éleveurs affectés, souvent spécialisés dans cette activité depuis des années, se retrouvent ruinés. Certains ont dû consacrer leurs journées à l’inhumation des carcasses et au nettoyage des cages désormais vides, sans perspective immédiate de reconstitution de leur stock.

Au-delà du désastre économique, l’incident a provoqué des inquiétudes sanitaires. Les autorités provinciales ont restreint l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs secteurs, tandis qu’une vingtaine de cas d’irritations cutanées et d’intoxications légères étaient signalés parmi la population riveraine.

Cette crise met en lumière la vulnérabilité extrême de l’Irak face aux pressions environnementales. Le pays, classé par les Nations unies parmi les plus exposés au changement climatique, subit une sécheresse persistante qui réduit le débit de ses fleuves, le Tigre et l’Euphrate. Cette baisse du niveau des eaux aggrave la concentration des polluants et rend les écosystèmes aquatiques plus sensibles aux chocs.

La gestion déficiente des ressources hydriques, héritage de décennies de conflits et de sous-investissement, complique la réponse. Si des promesses ont été faites concernant la mise en service de nouvelles stations d’épuration à Bagdad, les infrastructures existantes peinent à faire face aux besoins. Les pisciculteurs sinistrés, quant à eux, attendent une indemnisation et des mesures concrètes pour éviter la répétition d’un tel scénario. Pour eux, l’avenir de leur profession dépend désormais de la capacité des autorités à assainir, littéralement, la situation.

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