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Mayotte, trois ans de robinets à sec
L’île française subit une crise hydrique chronique, aggravée par une gestion défaillante et des infrastructures obsolètes, tandis qu’un procès révèle des dérives dans l’ancien syndicat des eaux.
Les habitants de Mayotte endurent depuis trois ans un rationnement sévère de l’eau potable. Ce système de coupures tournantes, instauré dans la foulée d’une sécheresse historique en 2023, est le symptôme d’une pénurie structurelle. La situation découle d’un cocktail de facteurs, incluant les effets du changement climatique, une démographie galopante et des équipements vétustes.
Un procès récent a mis en lumière des dysfonctionnements profonds dans la gestion passée de la ressource. L’ancien syndicat des eaux, le Sieam, a été au cœur d’une instruction pour détournement de fonds publics et favoritisme. L’ex-président de la structure a écopé de la peine la plus lourde parmi les prévenus. Cette affaire judiciaire a cristallisé le sentiment d’abandon d’une population contrainte de s’approvisionner en eau en bouteille ou aux fontaines publiques.
La vulnérabilité de l’île est extrême. Près de la totalité de son approvisionnement dépend des précipitations, qui se font plus rares. Dans le même temps, la population a plus que doublé en vingt ans. Les deux retenues collinaires principales, construites à la fin des années 1990, sont aujourd’hui insuffisantes pour couvrir les besoins quotidiens. Le déficit entre la demande et la production est estimé à plusieurs milliers de mètres cubes par jour.
À ces contraintes naturelles s’ajoutent des problèmes de gouvernance et d’infrastructures. Le réseau de distribution, vétuste, laisse s’échapper environ un tiers de l’eau traitée. L’unique usine de dessalement, dont la capacité devait être augmentée, fonctionne en deçà de ses objectifs. Des associations et des organisations non gouvernementales pointent un manque criant d’investissements et une utilisation non optimale des financements existants.
Face à cette crise persistante, la société civile s’est mobilisée. Des collectifs d’usagers ont obtenu en justice une réduction significative sur les factures d’eau. Parallèlement, une action a été déposée devant le Conseil d’État pour demander à l’État une meilleure protection des citoyens face aux conséquences du dérèglement climatique.
Les autorités ont annoncé plusieurs plans successifs pour tenter de résorber le déficit. Un nouveau programme prévoit la construction d’une seconde usine de dessalement et d’une troisième retenue d’eau d’ici à 2032. Cependant, ces promesses sont accueillies avec une profonde défiance par les Mahorais, qui rappellent que des projets similaires ont déjà connu d’importants retards. La défiance reste grande sur le terrain, où la population continue de s’organiser pour pallier les carences d’un service public essentiel.
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