Culture
Un trésor cinématographique de Méliès refait surface après un siècle d’oubli
_**La découverte fortuite d’un septuagénaire américain a permis de ressusciter un film muet du pionnier français, jusque-là considéré comme perdu.**_
Dans le Michigan, un coffre familial hérité de génération en génération recelait une surprise de taille. Bill McFarland, professeur à la retraite, y a exhumé par hasard d’anciennes bobines de film. Ces pellicules, jugées trop fragiles pour être éliminées, dormaient depuis des décennies parmi les effets personnels de son arrière-grand-père, un projectionniste itinérant de Pennsylvanie. Ignorant leur valeur, l’homme tenta d’abord de s’en défaire auprès d’un antiquaire, qui les refusa en raison de leur composition en nitrate, une matière réputée hautement inflammable.
C’est finalement au Centre national de conservation audiovisuelle de la Bibliothèque du Congrès, en Virginie, que les bobines ont trouvé refuge. L’expertise des archivistes a révélé l’une d’entre elles comme étant une copie de « Gugusse et l’Automate », une œuvre de 45 secondes réalisée en 1897 par Georges Méliès. Ce cinéaste visionnaire, célèbre pour « Le Voyage dans la Lune », est reconnu comme l’un des pères des effets spéciaux. La bobine retrouvée, probablement une copie de troisième génération, comble une lacune historique, ce court métrage n’ayant jamais été visionné par les spécialistes contemporains.
Le film met en scène un magicien manipulant un automate qui, après avoir grandi, le frappe à la tête. La riposte ne se fait pas attendre, le personnage principal assène des coups de marteau à la machine, laquelle finit par disparaître grâce à un montage ingénieux. Pour les conservateurs, la précision technique et l’humour de cette séquence restent remarquables, témoignant du génie précoce de Méliès. Ce dernier, confronté de son vivant au piratage de ses œuvres, aurait détruit une partie de ses négatifs, rendant la découverte d’autant plus exceptionnelle.
L’arrière-grand-père de Bill McFarland, William DeLyle Frisbee, parcourait les campagnes de Pennsylvanie au début du XXe siècle avec son phonographe et sa lanterne magique, proposant des projections itinérantes. Ses carnets de voyage, soigneusement conservés, relatent les aléas de ces tournées, entre publics enthousiastes et séances plus mouvementées. Un siècle plus tard, les archivistes ont éprouvé une émotion comparable en découvrant le contenu des bobines.
Après une semaine de travaux de restauration et de numérisation, le film a intégré les collections de la Bibliothèque du Congrès. Malgré un séjour prolongé dans des conditions peu optimales, la pellicule était dans un état de conservation suffisant pour permettre sa sauvegarde. « Gugusse et l’Automate » est désormais accessible en ligne, offrant au public un nouveau fragment de l’histoire du septième art. Cette résurrection inattendue souligne l’importance des fonds privés et du travail des institutions dans la préservation du patrimoine cinématographique mondial.
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