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Culture

Lagos s’offre une première galerie à ciel ouvert

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La mégalopole nigériane inaugure son festival d’art urbain, une initiative inédite destinée à inscrire le street art dans le paysage culturel local et à offrir une tribune à ses talents.

Le long des artères bruyantes de Victoria Island, à Lagos, une transformation silencieuse s’opère. Une dizaine de créateurs, indifférents au tumulte de la circulation, achèvent au pinceau ou à l’aérosol des fresques monumentales. Ces réalisations constituent le socle de la première édition d’un festival consacré à l’art de rue dans cette agglomération de vingt millions d’habitants, où cette forme d’expression demeure encore marginale.

Si Lagos s’est imposée comme un pôle majeur de l’art contemporain africain, avec ses nombreuses galeries et institutions, le street art n’y a pas encore acquis la visibilité qu’il possède dans d’autres capitales du continent. L’événement, qui se déroule sur cinq jours, entend combler ce retard. Le thème retenu, « Lagos, ville légendaire, ville des rêves », célèbre délibérément l’énergie et la résilience de ses résidents, évoquant l’esprit décrit par le musicien Fela Kuti, plutôt que de s’attarder sur les défis socio-économiques du pays.

Pour les seize artistes sélectionnés, cette vitrine est une opportunité unique. Ashaolu Oluwafemi, âgé de trente-quatre ans, représente une femme en pleine danse, les yeux clos et les bras levés vers le ciel. Il explique vouloir capturer cette joie de vivre qui persiste malgré les difficultés quotidiennes. Une vision partagée par Babalola Oluwafemi, artiste nigérian basé à Manchester, qui a peint le portrait géant d’une femme accompagnée d’un paon, symbole de beauté et de fierté dans l’iconographie locale. Il souligne l’attrait des Lagosiens pour la fête et les couleurs vives.

L’initiative survient dans un contexte national marqué par des préoccupations sécuritaires, mais elle coïncide avec le début des festivités de fin d’année, période traditionnellement animée dans la métropole. L’artiste mancunien, travaillant sur un échafaudage, relève l’expérience singulière de créer dans ce cadre. L’interaction constante avec les passants, leurs encouragements spontanés, et l’atmosphère trépidante de la ville diffèrent radicalement de son environnement habituel.

Sur plusieurs dizaines de mètres, des murs autrefois ternes et surmontés de barbelés, longeant d’anciens ensembles résidentiels, se parent désormais de teintes éclatantes. Ernest Ibe, un créateur de trente-cinq ans, constate que la pratique murale au Nigeria ne bénéficie pas encore de la même reconnaissance qu’ailleurs sur le continent. Il observe toutefois une évolution des mentalités et une prise de conscience croissante de l’impact social et environnemental de ces œuvres publiques. Sa fresque, intitulée « Illumination », figure une adolescente tournée vers l’avenir, tenant un flambeau transmis par les générations précédentes, symbolisant un optimisme qu’il étend à la scène street art locale.

Le projet est porté par Osa Okunkpolor, connu sous le nom d’Osa Seven, un graffeur établi. Son ambition est claire. Il s’agit de générer des opportunités pour les artistes, d’établir une plateforme pérenne et de positionner Lagos sur la carte mondiale de l’art urbain. Pour lui, l’art ne doit pas être cantonné aux espaces d’exposition conventionnels. Il doit être accessible à tous, s’inscrire dans le quotidien et participer au dialogue public, contribuant ainsi à façonner l’identité visuelle de la ville pour les années à venir.

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