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Véronique Margron, une voix qui s’efface après neuf ans de combat contre les violences sexuelles dans l’Église

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Après avoir dirigé pendant près d’une décennie la Conférence des religieux et religieuses de France, cette théologienne reconnue pour son franc-parler achève son mandat en laissant derrière elle un paysage ecclésial transformé par son engagement.

Le départ de Véronique Margron de la présidence de la Corref marque un tournant dans le paysage institutionnel catholique français. Pendant neuf années, cette théologienne de soixante-sept ans a incarné la lutte contre les violences sexuelles au sein de l’Église, participant activement à la commission indépendante dont les révélations en 2021 ont ébranlé les fondements de l’institution. Son action a contribué à révéler l’ampleur des agressions commises depuis le milieu du XXe siècle.

Interrogée sur les motivations de son engagement, elle affirme que la neutralité face à ces violences équivaut à une forme de complicité. La rencontre avec les récits des personnes concernées a provoqué chez elle une indignation profonde, particulièrement face à l’instrumentalisation de la foi à des fins criminelles. Elle qualifie son implication de nécessaire, presque naturelle, rejetant toute idée de courage personnel.

Au sein de sa propre institution, la religieuse reconnaît avoir bénéficié d’une écoute favorable. La diversité des sensibilités représentées à la Corref a constitué selon elle un atout majeur. La découverte progressive de victimes parmi les membres des congrégations religieuses elles-mêmes a modifié en profondeur les discours et les positions collectives. La situation des évêques apparaît plus complexe, leur responsabilité hiérarchique créant des contraintes institutionnelles spécifiques. Des réticences initiales ont pu être observées, mais l’essentiel réside selon elle dans la capacité à embarquer l’ensemble des acteurs.

Des progrès substantiels sont observables, estime Véronique Margron. La reconnaissance en 2021 par les évêques de leur responsabilité institutionnelle représente une avancée significative. Les dispositifs mis en place depuis forment selon elle autant de verrous impossibles à défaire. Elle exprime sa confiance dans l’engagement du nouvel archevêque de Marseille à la tête de la conférence épiscopale. Le défi actuel réside dans la persévérance, notamment concernant l’accompagnement des victimes majeures et l’avenir des commissions dédiées. Le volume de saisines mensuelles démontre l’importance de maintenir ces structures dans la durée.

Si des résistances persistent localement, la majorité des congrégations ont engagé un travail approfondi sur la gouvernance et la prévention. Les questions de réparation financière se posent avec acuité pour certaines institutions, confrontées à des contraintes budgétaires réelles. Le silence institutionnel, autrefois dominant, a cédé la place à une culture du signalement systématique parmi les évêques et les responsables religieux. Cette évolution culturelle demande à être consolidée par une vigilance constante.

Concernant les dispositifs d’accompagnement, des interrogations subsistent sur leur niveau d’indépendance et leur pérennité. La difficulté pour les victimes à s’exprimer exige selon elle des garanties institutionnelles solides. Le cas des personnes concernées par les agissements de l’abbé Pierre fera l’objet d’une procédure spécifique dès la finalisation de la convention avec le mouvement Emmaüs.

Sur la place des femmes dans l’Église, des avancées sont notables avec leur présence accrue dans les séminaires et les administrations diocésaines. La route reste cependant longue pour parvenir à une représentation équilibrée, conclut celle qui aura marqué de son empreinte neuf années de transformation ecclésiale.

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