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Une écologue au cœur des prairies alpines pour réconcilier science et agriculture

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Sandra Lavorel, scientifique émérite, œuvre depuis vingt ans dans les Hautes-Alpes pour étudier l’impact du climat sur la biodiversité, en collaboration étroite avec les agriculteurs locaux.

À plus de 2 000 mètres d’altitude, dans le village de Villar-d’Arêne, une écologue arpente inlassablement les prairies et le Jardin botanique du Lautaret. Sandra Lavorel, membre de l’Académie des sciences et lauréate de la médaille d’or du CNRS, y mène des recherches pionnières sur les interactions entre biodiversité et réchauffement climatique. Ses travaux, menés en plein air, s’appuient sur des dispositifs innovants, comme des mini-serres reproduisant une hausse de température de 2 °C, voire des pics caniculaires de +6 °C.

Sur une parcelle transformée en laboratoire à ciel ouvert, elle étudie notamment le comportement des légumineuses, telles que la luzerne, face aux variations climatiques. Ces expérimentations, conçues avec les agriculteurs locaux, visent à fournir des réponses concrètes sur l’adaptation des cultures et la gestion des sols. « Ils sont constamment en quête de solutions. Notre rôle est de leur apporter des données tangibles », explique-t-elle.

Au-delà de son travail de terrain, la chercheuse s’attache à sensibiliser le public aux enjeux de la biodiversité, souvent perçue comme un simple décor plutôt que comme un pilier essentiel de l’équilibre écologique. « Les gens en ont une conscience diffuse, mais sans lien direct avec leur quotidien. Pourtant, ces écosystèmes sont vitaux, surtout dans un contexte de dérèglement climatique », souligne-t-elle.

Membre du Conseil présidentiel de la science, Sandra Lavorel participe également aux débats nationaux sur les politiques environnementales. Si elle reconnaît que la voix des scientifiques est écoutée, elle nuance son optimisme quant à leur influence réelle sur les décisions politiques. Récemment, elle a cosigné une tribune s’opposant à la réautorisation sous conditions d’un pesticide interdit, jugeant cette mesure contraire à l’intérêt général.

Dans les Hautes-Alpes, son approche collaborative avec les acteurs locaux montre qu’une science ancrée dans le territoire peut à la fois éclairer et servir ceux qui en vivent. Une démarche rare, où rigueur académique et pragmatisme agricole se rencontrent pour dessiner l’avenir des paysages montagnards.

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