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Un scrutin sous le signe du virus

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Le premier tour des municipales de mars 2020 s’est déroulé dans un climat d’inquiétude palpable, alors que la pandémie de Covid-19 prenait de l’ampleur sur le territoire. Cette élection, maintenue contre toute attente, a été marquée par une abstention record et des conditions de vote inédites.

Le dimanche 15 mars, les électeurs se sont rendus aux urnes dans un silence inhabituel, malgré l’éclat d’un soleil printanier. La veille, les autorités avaient annoncé le passage au stade épidémique le plus élevé, confirmant une circulation active du virus sur l’ensemble du pays. Alors que les lieux recevant du public, à l’exception notable des bureaux de vote, venaient de fermer leurs portes sur ordre du gouvernement, le maintien du scrutin avait été confirmé après une réunion à l’Élysée. L’exécutif s’était appuyé sur les conclusions d’un conseil scientifique pour affirmer que le déplacement jusqu’aux isoloirs ne présentait pas de risque, y compris pour les personnes les plus fragiles.

Des consignes sanitaires strictes avaient été diffusées aux mairies pour organiser le vote. Du marquage au sol pour respecter les distances à l’entrée des écoles jusqu’à la mise à disposition de gel hydroalcoolique, chaque détail avait été pensé pour limiter les contacts. À l’époque, le port généralisé du masque n’était pas encore de mise, les autorités insistant même sur la nécessité de pouvoir identifier les votants. Les Français, pour leur part, avaient adopté des gestes de prudence individuels, apportant leurs propres stylos et évitant de toucher les rideaux des isoloirs.

Ces précautions n’ont pas suffi à convaincre une large partie du corps électoral. La participation a connu une chute vertigineuse, s’établissant à moins de quarante-cinq pour cent, soit un recul de près de vingt points par rapport au précédent scrutin de 2014. La faible affluence et l’atmosphère empreinte de méfiance ont donné à la journée des allures de parenthèse irréelle, rapidement qualifiée de « lunaire » par de nombreux observateurs. Dès le lendemain du vote, l’évidence d’un report du second tour s’est imposée à tous, y compris à ceux qui s’y étaient fermement opposés quelques jours plus tôt.

L’annonce officielle de ce report est intervenue le soir même, éclipsée par une mesure bien plus radicale dévoilée lors d’une allocution présidentielle. La mise en place d’un confinement généralisé à compter du mardi suivant a instantanément relégué les résultats du premier tour au second plan. Le second tour des élections municipales s’est finalement tenu près de trois mois plus tard, fin juin, avec une abstention encore plus forte.

Les conséquences politiques de cette consultation hors normes font toujours débat. La désertion des bureaux de vote, particulièrement marquée chez les électeurs plus âgés, traditionnellement plus enclins à voter à droite, a pu modifier la donne dans certaines grandes villes, favorisant par exemple des poussées écologistes. Sur le plan sanitaire, si des cas de contamination ont été signalés parmi les votants, les assesseurs et les candidats durant la campagne et le jour du scrutin, aucune étude n’a permis d’en mesurer l’impact réel. Ce dimanche de mars 2020 reste ainsi inscrit dans les annales comme un moment où l’exercice démocratique a dû composer avec une crise sanitaire sans précédent.

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