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Société

Un bastion contesté, une dynastie en sursis

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À Orange, la succession politique des Bompard, marquée par un renversement judiciaire, fragilise un fief historique et ouvre une brèche inédite pour l’opposition.

La ville d’Orange, ancrée depuis trois décennies dans le sillage de l’extrême droite, vit une séquence politique singulière. Jacques Bompard, figure historique et ancien édile, reprend du service à 82 ans pour les prochaines élections municipales. Cette candidature fait suite à la condamnation de son fils, Yann Bompard, maire sortant, déclaré inéligible pour cinq ans. Le père se présente ainsi comme le remplaçant naturel, propulsant son fils au poste de directeur de campagne. Un renversement des rôles intervenu en l’espace de quarante-huit heures, après des décisions de justice aux issues contraires.

Le programme de Jacques Bompard, qu’il dit immuable depuis sa première victoire en 1995, met en avant la rigueur budgétaire et la défense du « bien commun ». Il revendique avoir assaini les finances municipales, un point partiellement corroboré par la Cour régionale des comptes, qui note toutefois des sous-investissements chroniques dans le patrimoine public. Cette gestion, qualifiée de « bompardisme » par ses détracteurs, laisse une ville où les indicateurs sociaux, comme le taux de pauvreté ou de chômage, dépassent nettement les moyennes nationales.

L’opposition, qu’elle émane d’anciens alliés ou de nouveaux venus, dresse un bilan sévère. Elle dénonce un centre-ville à l’abandon une partie de l’année, des relations dégradées avec les institutions et le tissu associatif, ainsi qu’un climat délétère. Des anecdotes symboliques sont régulièrement citées, telles que la suppression de bancs publics ou les restrictions imposées aux élus minoritaires. Pour certains acteurs sociaux, l’arrivée au pouvoir des Bompard s’est traduite par un tarissement des subventions et une méfiance envers les structures d’accueil.

Cette configuration inattendue, avec une extrême droite désormais divisée entre la liste officielle et une liste dissidente du Rassemblement National, offre une opportunité à ses adversaires. Plusieurs candidats entendent capitaliser sur ces divisions et sur une lassitude d’une partie de l’électorat. Leur credo est souvent le même, prônant le rassemblement, la revitalisation économique et commerciale, sans pour autant occulter les questions de sécurité. L’objectif avoué est de tourner la page d’une ère politique perçue comme dynastique.

De son côté, Yann Bompard rejette ces critiques, affirmant avoir lutté contre le trafic de stupéfiants et favorisé le retour du commerce. Bien qu’écarté des fonctions exécutives, il entend continuer à jouer un rôle dans l’ombre, aux côtés de son père. L’enjeu des municipales à Orange dépasse ainsi la simple alternance. Il interroge la pérennité d’un modèle de gouvernance et l’héritage d’une famille qui a durablement marqué la vie politique locale.

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