Planète
Un archipel vulnérable miné par des infrastructures fantômes
Des digues censées protéger les populations contre les inondations n’existent que sur le papier, tandis que des millions d’euros ont été détournés. Un scandale d’une ampleur historique secoue les plus hautes sphères de l’État philippin.
Lors d’une inspection de routine dans la province de Bulacan, au nord de Manille, le ministre des Travaux publics a découvert avec consternation l’état d’un ouvrage de protection contre les crues. Là où devait s’élever une digue opérationnelle, seul un amas de terre déversé sans ordre apparent était visible. Ce projet, évalué à près de 1,5 million d’euros, fait partie des centaines de chantiers anti-inondations frauduleux qui ont déclenché une onde de choc dans le pays.
Ce système de détournement de fonds publics, qualifié de plus important scandale de corruption depuis des décennies, a déjà provoqué la démission de plusieurs hauts responsables politiques, dont le président du Sénat et le chef de la chambre basse. Les récentes inondations meurtrières qui ont frappé l’archipel ont placé ce dossier au cœur des préoccupations nationales, poussant le chef de l’État à évoquer la situation lors de son dernier discours sur l’état de la nation.
Dans la région de Bulacan, particulièrement vulnérable en raison de l’affaissement progressif des sols et de la fréquence des typhons, les conséquences sont dramatiques. Les habitants décrivent un quotidien rythmé par les montées des eaux, même en l’absence de conditions météorologiques extrêmes. Les enfants doivent être portés pour se rendre à l’école, tandis que les rez-de-chaussée des habitations sont devenus inhabitables. Les maladies hydriques comme la leptospirose se propagent, contraignant la population à adapter tant bien que mal son mode de vie.
Les rares portions de digues effectivement construites présentent une qualité si médiocre qu’elles restent inefficaces. Des témoins affirment que l’eau s’infiltre à travers les structures, rendant ces ouvrages parfaitement inutiles. Certains projets, bien que déclarés officiellement achevés, n’ont jamais été terminés, les entrepreneurs ayant cessé le travail après épuisement des budgets.
Face à l’ampleur des malversations, la colère gronde parmi la population. Des milliers de manifestants sont attendus dans la capitale pour réclamer des comptes sur la gestion des fonds publics alloués à la protection environnementale. Pour beaucoup de Philippins, habitués aux scandales de corruption, l’espoir de voir les responsables rendre des comptes reste mince, mais la détermination à exiger justice ne faiblit pas.
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