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Un an après la catastrophe de Muan, le deuil se mêle à la colère

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Les familles des victimes du pire accident aérien sud-coréen dénoncent les conditions de l’enquête et les défaillances de sécurité, exigeant des comptes sur les circonstances du drame.

Le hall de l’aéroport international de Muan est devenu un lieu de recueillement permanent. Chaque week-end, des proches de disparus y reviennent, perpétuant la mémoire de ceux qu’ils ont perdus il y a douze mois. Parmi eux, Lee Hyo-eun honore ainsi sa fille, Ye-won, une professeure de violoncelle de 24 ans qui ne revint jamais d’un court séjour à Bangkok. Le 29 décembre 2024, le vol 2216 de Jeju Air, un Boeing 737-800 en provenance de la capitale thaïlandaise, s’est écrasé à l’atterrissage, faisant 179 morts. Seuls deux membres de l’équipage, situés à l’arrière de l’appareil, ont survécu.

Un rapport préliminaire des autorités, publié en juillet et vivement contesté, a évoqué une collision avec un oiseau ayant endommagé le moteur droit, suivie d’une erreur de l’équipage ayant conduit à la coupure du moteur gauche. La piste d’une défaillance du train d’atterrissage reste également à l’étude. Les conclusions définitives sont attendues pour le mois de juin. Cette version, centrée sur une possible faute de pilotage, est rejetée par de nombreuses familles. Elles estiment que l’enquête officielle néglige des facteurs déterminants, à commencer par la présence d’un mur en béton en bout de piste, en contradiction avec les normes de sécurité aérienne.

Sous les tentes dressées dans le terminal désaffecté, des rubans bleus et des messages manuscrits tapissent les murs. Des banderoles interpellent les pouvoirs publics, affirmant qu’un État incapable de protéger ses citoyens a failli à sa mission. Park In-wook, qui a perdu cinq membres de sa famille, dont son épouse et deux petits-enfants, témoigne d’un deuil encore insurmontable. Pour lui comme pour d’autres, le temps semble s’être figé ce soir de décembre.

Les critiques portent également sur la gestion post-accident. Une inspection nationale a révélé que six aéroports du pays étaient équipés de structures similaires en bout de piste. Le ministère des Transports affirme que cinq d’entre eux sont constitués de matériaux fragiles, conçus pour céder en cas d’impact. Un argument qui ne convainc pas les familles. Ko Jae-seung, qui a perdu ses deux parents, dénonce une volonté des autorités de réduire le drame à une simple erreur humaine, alors que l’objectif d’une enquête devrait être d’analyser l’ensemble des circonstances ayant conduit à l’événement.

Lee Hyo-eun, recevant chez elle entourée des photographies de sa fille, partage cette conviction. Elle rend hommage au courage des pilotes qui, selon elle, ont réalisé l’exploit de poser l’appareil sur le ventre, sauvant dans un premier temps toutes les vies à bord. Le choc contre l’obstacle en béton aurait été la cause ultime de la tragédie. Elle conserve le téléphone de Ye-won, retrouvé dans l’épave, avec les derniers clichés pris à Bangkok. Pour cette mère, il est comme si sa fille n’était jamais vraiment revenue de voyage, laissant une attente douloureuse et un besoin impérieux de vérité.

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