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Culture

Sahad Sarr, l’architecte d’une symphonie panafricaine

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Porté par une énergie créatrice rare, le musicien sénégalais construit une œuvre ambitieuse, fusionnant les héritages musicaux du continent dans un manifeste artistique et politique.

Son nom résonne désormais bien au-delà des scènes dakaroises. Sahad Sarr, auteur-compositeur et guitariste, a forgé en une décennie un univers sonore singulier, défiant les catégorisations faciles. À la tête de son groupe éponyme, cet artiste de 37 ans incarne un renouveau des musiques alternatives au Sénégal, loin des sentiers battus du mbalax dominant. Sa démarche, tout à la fois musicale et philosophique, se veut un acte de réappropriation culturelle.

Sur scène, son charisme et sa maîtrise instrumentale captivent. On perçoit dans son jeu les influences croisées de géants comme Fela Kuti pour la transe afrobeat, ou d’Ali Farka Touré pour les résonances blues. Pourtant, Sahad Sarr a su tisser une identité propre, un kaléidoscope où se mêlent jazz, funk et rythmes traditionnels sérères. Cette hybridité assumée, il la revendique comme une force, une réponse à ceux qui voudraient cantonner les artistes africains à un seul registre.

Cette quête culmine dans son dernier album, « African West Station », présenté comme un plaidoyer décolonial. Fruit de quatre années de recherches dans les archives musicales ouest-africaines des années 1960 à 1980, l’œuvre se conçoit comme une radio pirate imaginaire. Elle explore un imaginaire collectif post-indépendances, mêlant les sonorités de la Guinée, du Mali, du Nigeria ou du Ghana. Les textes, engagés, interpellent tant sur les héritages politiques que sur les dynamiques sociales contemporaines.

Au-delà de l’enregistrement, Sahad Sarr déploie son énergie dans plusieurs projets structurants. Il a fondé son label indépendant, Stereo Africa 432, qui accompagne également de jeunes talents. Il est à l’initiative du festival éponyme à Dakar, devenu un lieu essentiel de transmission pour les musiques actuelles du continent et de sa diaspora. Son engagement se prolonge enfin dans la création d’un éco-village à l’ouest du Sénégal, un espace dédié à la réflexion sur les défis environnementaux et à la réinvention des modèles communautaires.

Pour l’artiste, cette multiplicité d’actions participe d’un même mouvement. Il se perçoit comme faisant partie d’une génération déterminée à affirmer sa liberté et son authenticité, tout en portant une responsabilité face à l’histoire. Son travail musical, profondément ancré dans le présent, invite à une reconnexion avec les savoirs et les cultures, condition selon lui d’un véritable épanouissement pour la jeunesse africaine.

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