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Promesses électorales et désillusions dans le désert du Néguev

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Une opération policière d’envergure dans une localité bédouine, quelques années après un soutien massif au parti au pouvoir, a profondément marqué ses habitants et ravivé le sentiment d’abandon.

La confiance politique s’est muée en amertume à Tarabine al-Sana. Cette communauté bédouine du sud d’Israël avait largement apporté ses suffrages au Likoud lors des dernières élections, nourrissant l’espoir d’une amélioration concrète de son quotidien. Le souvenir de la visite de campagne du Premier ministre, qui avait promis de transformer le Néguev, reste vif. Aujourd’hui, les habitants évoquent surtout une intervention des forces de l’ordre de deux semaines, qui a laissé derrière elle un lourd passif.

L’opération, présentée par les autorités comme une action contre les armes illégales et les activités criminelles dans le cadre d’un plan plus vaste, a impliqué la mise en place de barrages, des fouilles domiciliaires et l’usage de gaz lacrymogènes. Un homme de trente-six ans, père de famille, a perdu la vie au cours de ces événements, dont les circonstances exactes restent à déterminer. Pour de nombreux résidents, le caractère et la durée de cette action ont été perçus comme une punition collective, sans rapport avec leur statut de citoyens israéliens.

Le paysage du village porte encore les stigmates de ces journées. Près de l’école, des véhicules calcinés et des décombres jonchent le sol. Des habitants rapportent que certains enfants, choqués par ces événements, n’ont pas repris le chemin des salles de classe. Au-delà des dégâts matériels, c’est un sentiment de défiance qui s’est installé, renforçant un discours critique sur les discriminations persistantes et l’insuffisance des moyens alloués à la lutte contre la criminalité au sein de la communauté bédouine.

Certains observateurs locaux lient le timing et l’intensité de cette opération au calendrier politique national, évoquant une démonstration de force à destination de l’électorat. Le ministre de la Sécurité nationale s’est en effet rendu à plusieurs reprises sur les lieux durant l’intervention. Cette lecture alimente les craintes d’une instrumentalisation, dans un contexte où les inégalités socio-économiques, le manque de perspectives en matière d’éducation et d’emploi, sont régulièrement pointés du doigt comme les racines des difficultés rencontrées.

Les déclarations récentes des plus hautes autorités, appelant à « rendre le Néguev à l’État » face à une criminalité qualifiée d’incontrôlable, sont accueillies avec scepticisme. Pour une partie de la population bédouine, ces mots sonnent creux face à l’expérience vécue. L’inquiétude grandit quant à l’avenir des relations avec l’État, certains redoutant que de telles méthodes ne se banalisent. L’espoir placé dans le bulletin de vote semble s’être évanoui, laissant place à un profond sentiment de désenchantement et à des questions sans réponse sur la place qui leur est réservée dans la société israélienne.

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